Lucy Guérin / Weather / Vous avez dit climatique ?

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Photos Heidrun Lohr

Lucy Guérin :

Vous avez dit climatique ?

 

Bien que son nom ne soit pas sur toutes les lèvres, la chorégraphe australienne Lucy Guérin n'est pas tout à fait inconnue des ballétomanes français : le 28 mai 2013 en effet, le Ballet de l'Opéra de Lyon créait une de ses œuvres, Black box, sur une musique signée Oren Ambarchi. Et si l'on remonte plus avant dans le temps, on se souviendra qu'en 1996, cette chorégraphe, toute jeune à l'époque, avait été nominée pour sa présentation d'Incarmadine au Concours de Bagnolet. Aujourd'hui, c'est le Théâtre de la Ville qui l'invite  à présenter une pièce créée à Melbourne, en octobre 2013 : Weather, une œuvre inspirée par les changements climatiques et les effets qu'ils entraînent sur le corps humain, s'avère fascinante et d'une réelle beauté plastique. Toutefois, à l'instar de nombreux autres ballets, les intentions et motivations du ou de la chorégraphe qui préludent à leur réalisation ou qui les sous-tendent ne sont pas toujours perceptibles, la beauté magique de leur géométrie pouvant prendre le dessus. Encore que...

Le rideau s'ouvre sur le solo d'un danseur dont le tournoiement et les ondulations corporelles ne sont pas sans évoquer le va-et-vient des rameaux d'un arbre ployant sous le vent. Effet rapidement accentué et démultiplié par l'entrée d'une danseuse qui, placée face à lui, va le suivre à l'unisson dans son parcours, tous deux décrivant une série de cercles parfaits superposés ou décalés, arpentant ainsi régulièrement et toujours à la même cadence le plateau, comme s'ils étaient liés l'un à l'autre - face à face, dos à dos ou côte à côte - par un invisible cordon. Effet hypnotisant bientôt rompu par l'arrivée de nouveaux danseurs qui vont progressivement casser cette belle harmonie. Dislocations préludes à reconstitutions, sous une pluie de sacs de plastique blanc issus des cintres, symboles des intempéries qui surviennent parfois avec violence mais aussi allusion à l'art et à la manière avec lesquels nous saccageons allègrement notre planète...

Si l'on suit la logique de la chorégraphe en tentant de sortir de la torpeur dans laquelle la géométrie spatiale nous a plongée, on pourrait s'imaginer la survenue de violentes bourrasques succédant à des périodes de calme plat propices à la reconstruction d'un univers détruit par les éléments déchaînés. Mais il faut bien avouer que l'on peut tout aussi bien imaginer quantité d'autres choses... Ceci étant, lorsque l'on se penche sur les coulisses de l'exploit et que l'on découvre la genèse de l'œuvre, c'est pour se rendre compte que la chorégraphe avait installé dans son studio de répétition une machine à neige, un canon à confettis, des ventilateurs de toutes sortes et quelques séchoirs à cheveux, afin d'étudier les effets de certains phénomènes météo sur ses danseurs... L'on doit alors se rendre à l'évidence, cette magnifique géométrie spatiale n'était pas pour autant que du vent !...

J.M. Gourreau

Weather / Lucy Guérin, Théâtre des Abbesses, du 9 au 16 janvier 2015.

Durant cette programmation, la chorégraphe a eu l'idée géniale de présenter cette même pièce dans une version spécialement adaptée au jeune public. Une création tout à fait originale dénommée Microclimat.

Lucy Guérin / Weather / Théâtre des abbesses / Janvier 2015

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