Magali Milian & Romuald Luidlyn / Requiem / Danse macabre

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Magali Milian & Romuald Luidlyn :

 

Photos Erik Damiano

 


 

Danse macabre

 

Voilà une œuvre qui interpelle mais on ne saurait réellement dire pourquoi. Par sa scénographie et son étonnant support musical sans aucun doute. Mais pas seulement. Ce que le programme n’évoque pas et qui aurait grandement facilité la compréhension de l’œuvre, donc d’entrer davantage en communion avec les interprètes, ce sont les circonstances dans lesquelles Magali Milian et Romuald Luidlyn ont conçu ce Requiem. Un jour, les deux protagonistes de l’œuvre qui circulaient sur une route de l’Ariège aperçoivent sur le bas-côté un corps allongé, celui d’une vieille femme, comme s’il avait été renversé par une voiture. S’arrêtant aussitôt, ils s’approchent du corps de celle qu’ils croient blessée pour lui venir en aide et découvrent, à côté d’elle, une pancarte : « Je dors, prière de ne pas me déranger ». Vision pour le moins étrange et totalement surréaliste qui a donné naissance à un spectacle avant-gardiste, autant musical et poétique que dansé, certes macabre mais hors des sentiers battus, accompagné par un texte morbide de la rappeuse martiniquaise Casey. L’œuvre évoque, vous l’aurez deviné, le passage de la vie à la mort puis la renaissance d’une femme possédée par un démon (comme le laisse imaginer son masque de molosse réalisé par Anne Leray) qui, sans que rien ne le laissât paraître, sombre soudainement mais paisiblement dans les prémices de la mort sous les accents grinçants et déchirants de la guitare de Marc Sens. Un corps abandonné dans un état léthargique, offert, mais prêt à tout moment à basculer dans l’autre monde, et qui sera exploré, exorcisé, quasi vampirisé par une sorte de gourou, lequel va revêtir la même apparence pour la ramener à la vie.

C’est bien évidemment l’évocation de ce « passage » auréolé par l’ombre de la mort qui questionne et qui met mal à l’aise, tout autant que les manipulations de ce corps inerte tel celui d’une poupée désarticulée qui va être traîné, retourné, violenté, voire élevé et suspendu dans les airs par une corde, à l’image d’une carcasse de bovin ou de cheval dans un abattoir. Impression exacerbée par les sons aussi inhabituels que dissonants mais parfaitement illustratifs de l’atmosphère ambiante que le musicien tire de son instrument. Une œuvre étrange et fascinante qui, en fait, n’a pour autant rien d’une ode funèbre, cette femme-objet revenant dans le monde des vivants à l’issue du spectacle comme si elle avait été délivrée de ses démons.

J.M. Gourreau

 

Requiem / Magali Milian & Romuald Luidlyn, La Zampa, Théâtre de Vanves, 25 février 2013, dans le cadre d’Artdanthé.

 

 

 

Magali Milian & Romuald Luidlyn / Requiem / Vanves / Février 2013

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