Maguy Marin / Sur tous les fronts

 

Maguy Marin :

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Faces / Ph. J.P. Maurin

 

 

 

Sur tous les fronts

 

 Que de chemin parcouru depuis Yu Ku Ri, créé à Bruxelles chez Maurice Béjart en 1976… Une cinquantaine d’œuvres parmi lesquelles May B (1981) ou Cendrillon (1985) connues dans le monde entier et qui vont être reprises en alternance avec une création (nocturnes) et des œuvres plus récentes (Faces, Cap au pire, Ca quand même, Prises/Reprises) à Paris et en banlieue dans le cadre du Festival d’Automne à Paris…

 

Arrêt sur images

 Bien que son œuvre soit toujours empreinte du plus grand éclectisme, c’est toujours la condition humaine qui est à la base de toutes les pièces de Maguy Marin. Créée à l’Opéra de Lyon en septembre 2011, Faces est un patchwork qui évoque différents évènements ou facettes de notre société, passés ou présents, impliquant les foules: c’est ainsi que les défilés de mode de Karl Lagerfeld voisinent avec des batailles médiévales, une équipe de rugby qui s’effondre dans la boue, une vierge portée par une horde humaine  ou avec des images de musulmans en prière… Flashes souvent tirés d’images glanées à la télévision ou autres médias donnant lieu à des mouvements de masse qui se forment, se télescopent et disparaissent pour muter dans un clair-obscur ou une semi-obscurité complices. Mais à nouveau, point de danse à proprement parler mais une succession d’images fortes glanées dans le miroir de la vie jusqu’à cette farandole finale qui confirme le fait que si nous sommes tous embarqués dans le même bateau, nous repartirons tous dans notre solitude, celle qui nous a poussés à nous réunir dans le partage un bref instant. Une réflexion sur l'Homme au sein de la société humaine.

J.M. Gourreau

 

Faces / Maguy Marin, Théâtre de la Ville, 13 octobre 2012.

nocturnes-phcganet.jpg Nocturnes - Ph. C. Ganet

Nocturnes

 

 La saga  Marin se poursuit au Théâtre de la Bastille avec Norturnes, première création de Maguy à la suite de son départ de Rillieux-le-Pape. Créée le 19 septembre dernier au petit théâtre du TNP de Villeurbanne dans le cadre de la Biennale de la danse de Lyon, cette pièce, de le même veine que Salves, évoque par flashes entrecoupés de noirs quelques épisodes de la vie de l’Homme non au sein d’une multitude mais aux prises avec lui-même ou quelques uns de ses congénères, à l’heure où tous les chats sont gris. Atmosphère tout aussi glauque que dans Faces,  parfois génératrice d’un profond ennui lorsque les situations deviennent trop banales : femme endormie de fatigue sur sa chaise ou fumant un joint pour se délasser, personnages assis par terre en train de jouer aux cartes pour tuer le temps, contemplation passive d’un portrait… Quelques situations plus intéressantes relatives à des problèmes de société émaillent toutefois la pièce - jamais dansée, il faut le souligner - tels que la prostitution mais surtout le mixage des peuples et le barrage des langues. Cependant ils sont trop rapidement évoqués pour avoir un quelconque impact. La misère, la souffrance, l’injustice, la violence entrecoupées d’un zeste de tendresse sont toujours sous-jacentes mais elles sont évoquées d’une manière désabusée, avec fatalisme, comme si la chorégraphe était fatiguée de répéter les mêmes litanies sans parvenir à faire bouger ni les choses, ni les mentalités. Et l’œuvre se résume à un simple constat, constat d’échec sans doute aussi de n’avoir pu faire passer son message de paix mais seulement un message de dégoût vis à vis de certains de nos comportements.

J.M. Gourreau

Nocturnes / M. Marin, Théâtre de la Bastille, 16 au 27 octobre 2012

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Ça quand même - Ph. J.M. Gourreau

Angoisses existentielles

Lorsque Maguy Marin et son comparse Denis Mariotte  créèrent en 2004 Ça quand même, de nouvelles procédures d’indemnisation des artistes intermittents du spectacle venaient de voir le jour. Cette complainte monocorde répondait aux inquiétudes et angoisses pleinement justifiées que les artistes étaient en droit, à juste titre, de se poser. Elle faisait bien sûr allusion à leur travail, au vertige de l’acte de créer, au danger et à la folie de se dévoiler au public. Des gestes minimalistes et répétés qui, autant que les mots, évoquaient leurs incertitudes, leurs préoccupations, leurs craintes, leurs peurs… Des phrases sincères, pesées, dans lesquelles ils se remettaient en question, faisant partager leurs interrogations au public, au risque de créer un certain malaise : « pourquoi sommes-nous là, que faisons-nous là, qu’est ce qui justifie là notre présence ? »… Une œuvre toujours actuelle qui donne à réfléchir sur la condition d’artiste et qui sans doute sera la dernière interprétée corps et âme par Maguy Marin.

J.M. Gourreau

Ça quand même / Maguy Marin et Denis Mariotte: Théâtre de la Cité Internationale / 22 - 27 novembre 2012

 

Maguy Marin / Faces / Théâtre de la Ville / Octobre 2012

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