Maguy Marin / Ligne de crête / Une nouvelle satire de notre société


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Photos Peter Thomson & Compagnie Maguy Marin

 

 

Maguy Marin :

Une nouvelle satire de notre société

 

Il fallait bien sûr s’y attendre : Maguy Marin n’a toujours pas fini de régler ses comptes avec notre société qu’elle caricature à souhait, révélant l’absurdité d’un bon nombre de nos comportements. Sa nouvelle création, Ligne de crête, exprime en effet son ras-le-bol vis-à-vis d’un monde incapable de réagir aux évènements dramatiques qui le secouent, une société de surconsommation engoncée dans ses petites habitudes, une société faite d’individus qui ne se préoccupent que de leur petit confort, sans regarder ni même se rendre compte de ce qui peut se tramer autour d’eux. Elle le dit à nouveau sans ambages ni détours, crûment, avec une force peu commune, plus par le théâtre d’ailleurs que par la danse, martelant ses propos comme l’on enfoncerait un clou dans le crâne. Et ça fait mal. Un leitmotiv d’une heure servi par un bande son monocorde, volontairement agressive, que l’on pourrait comparer au bruit assourdissant des rotatives d’une imprimerie à plein régime

Ligne de crête sous-entend précipice de part et d’autre d’une sente étroite de laquelle il serait dangereux de s’écarter. C’est donc aussi une mise en garde que la chorégraphe nous adresse vis-à-vis d’une société qui chaque jour tombe un peu plus bas et renonce - étouffée par les tourments mais peut-être aussi par paresse et ras-le-bol - à des acquis qui, par le passé, ont fait ses heures de gloire.

L’espace scénique est compartimenté en petites logettes aux murs de verre, labyrinthe dans lequel évoluent six personnages qui vont s’employer, durant toute la durée du spectacle, à les remplir sans relâche d’objets plus ou moins hétéroclites : mobilier de bureau, lampadaires, tableaux, plantes en pot et documents divers au début de l’œuvre, tout comme si l’on se trouvait en présence d’une société en cours d’installation dans ses nouveaux locaux. Mais, très vite, de nombreux objets du quotidien plus disparates les uns que les autres, tous symboles d’une société de consommation dont nous ne sommes même pas conscients, vont s’empiler pêle-mêle et meubler déraisonnablement les petits boxes dévolus à chacun, transformant le plateau en supermarché : ainsi bouteilles de lait, de soda et de jus de fruit vont côtoyer paquets de lessive et paquets-cadeau, jouets en peluche, robes en tous genres, sapin de Noël, skis, guitare et, même, un chien statufié, un parasol, une bonbonne de gaz voire un pneu… Objets qui vont changer de place au fil du temps, manipulés par des êtres robotisés et animés de tics, mais qui, cependant, savent s’empiffrer de gourmandises lorsque l’envie les en prend…

Ce va-et-vient perpétuel qui dure une bonne heure et s’écoule dans la plus parfaite indifférence peut amuser ou agacer le spectateur selon son humeur du moment. Il peut aussi avoir un effet lénifiant. Cette leçon de morale ne pourra malheureusement pas  changer la face du monde, mais elle ne laissera du moins personne indifférent.

J.M. Gourreau

Ligne de crête / Maguy Marin, Théâtre des Abbesses, Paris, du 25 septembre au 6 octobre 2018.

 

Maguy Marin / Ligne de crête / Théâtre des Abbesses / Septembre 2018

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