Maki Watanabe - Tina Besnard / Palimpseste#5 / Voyages aux tréfonds de l'âme

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Photos J.M. Gourreau

 

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Maki Watanabe & Tina Besnard :

Voyages aux tréfonds de l’âme

 

Si Michel Titin-Schnaider, fondateur de l’association « Aventures Electro-acoustiques » est avant tout un compositeur de musique acousmatique, il n’en est pas moins aussi grand amateur de danse butô, au point d’avoir envisagé la conjugaison, voire la symbiose de ces deux arts. C’est ainsi qu’est née la manifestation Palimpseste qui en est aujourd’hui à sa 5ème édition. Initiative malheureusement encore un peu trop confidentielle mais qui, petit à petit, tout comme l’oiseau fait son nid, acquiert une dimension un peu plus importante à chaque évènement.

Palimpseste#5, qui s’est déroulé sur six soirées, a permis la confrontation de sept danseurs, Maki Watanabe, Denis Sanglard, Lorna Lawrie, Tina Besnard, Solène de Cock, Sakurako et Laura Oriol, à quatre musiciens, Michel Titin-Schnaider, Gilles Montfort, Phil Von et Joe Blaster. Une rencontre à l'origine de quatre créations, en particulier Shiny shadow’s de Tina Besnard sur la partition Le cri de Michel Titin-Schnaider et Comme çà, de Maki Watanabe sur Etude pour guitare électrique du même compositeur. Un titre un peu énigmatique tout comme le texte du programme qui faisait référence à l’œuvre : « Maintenant, c’est le soir mais, quand tu lis cette lettre, c’est peut-être le matin ? » En fait, comme à l’habitude chez cette grande artiste, il ne faut se focaliser ni sur le titre, ni sur le propos consigné dans le programme mais à son ressenti au cours de la vision de l’œuvre. Comme chez la plupart des danseurs de butô, la danse est le reflet précis de leur être, de leurs sensations, de leur état d’esprit au moment de la représentation, même si le sujet et la forme sont établis à l’avance. L’improvisation revêt alors une grande importance, les sentiments pouvant être traduits de diverses manières suivant l’état psychologique du moment. C’est d’ailleurs cela qui est passionnant dans ce type de spectacles, toujours très intenses, même s’ils ne sont pas nécessairement très spectaculaires physiquement. Mais le moindre geste, le moindre mouvement est chargé d’une telle émotion, d’une telle force qu’il touche toujours le spectateur au plus profond de son âme, et ce d’autant plus que le geste est retenu. C’est ce qu’il nous a été donné de voir chez Maki dans son interprétation de Comme çà : le personnage qu’elle incarnait, une jeune femme d’une quarantaine d’années, béret rouge sur la tête et ruban assorti à la main, se projetait dans celui d’une vieille femme perdant la tête de temps à autre, un peu à la manière de Kazuo Ohno dans sa célèbre interprétation du personnage de la Argentina. Un kaléidoscope de visions rejoignant celles vécues par l’interprète elle-même, lesquelles s’interpénétraient et se mélangeaient, s’évanouissant à certains moments pour réapparaître l’instant d’après. C’est un véritable voyage intérieur au fil du temps que Maki Watanabe nous a ainsi proposé, marquant l’arrêt sur certains évènements et souvenirs communs à l’artiste et au personnage qu’elle incarnait, lesquels avaient trait aussi bien à l’insouciance de l’enfance qu’à la beauté d’un parterre de fleurs d’une blancheur édénique dans son jardin au Japon, à l’évocation d’une soirée entre amis, au calme souverain revenu après un orage dévastateur ou, encore, à l’étrange et inoubliable sensation que peut procurer une coccinelle venant se poser innocemment sur son bras un soir d’été… Par conséquent, une danse chargée d’émotions très variées reflétées par la partition musicale, souvent d’une profondeur incommensurable que, bien évidemment, chacun peut percevoir d’une manière très différente et qui ne sera pas nécessairement le reflet du ressenti de l’artiste-interprète.

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J’ai déjà eu l’occasion de parler dans ces colonnes de Tina Besnard, une des rares danseuses européennes à pouvoir, à mon avis, s’immiscer dans ce monde réservé aux orientaux (cf. article du 21.05.15 dans ces mêmes colonnes). Sa création de Shiny shadow’s sur Le cri de Michel Titin-Schnaider, très à l’écoute de la musique, relate d’une manière aussi expressive qu’intériorisée les impressions et souvenirs d’un voyage effectué au Japon « comme une vague qui balaie le corps d’un flux d’images vacillantes (…) où la chair vibre comme un kaléidoscope au fond d’un ruisseau ». Fresque très imagée qui reflète bien le ressenti que le spectateur a pu éprouver tout au long de son spectacle.

J.M. Gourreau

Comme ça / Maki Watanabe & Shiny shadow’s / Tina Besnard, Théâtre du temps, Paris, du 1er au 6 avril 2016, dans le cadre de la manifestation artistique Palimpseste#5.

 

Maki Watanabe - Tina Besnard / Palimpseste#5 / Théâtre du temps / Avril 2016

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