Manuel Roque / Data / De la nécessité du ressourcement

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Photos J.M. Gourreau

Manuel Roque :

De la nécessité du ressourcement

 

Explorer les sensations produites par les mouvements de son propre corps, voilà une recherche constante et récurrente chez les danseurs. Car notre corps n’effectue pas de mouvements sans ordre. Ceux-ci sont en effet induits par des émotions, des désirs, des impulsions, et peuvent alors par eux-mêmes exprimer et traduire de nombreux sentiments, du bien être parfait à la souffrance la plus atroce. Data s’avère en fait une recherche relative à l’influence de l’environnement sur le corps, en l’occurrence celle des paysages que Manuel Roque a pu traverser et dont il s'est imprégné durant les trois années qui ont préludé à l’élaboration de son projet. Eprouvant le besoin de fuir l’agitation et le vacarme des grandes villes qui le rongeaient petit à petit, il alla chercher refuge dans les déserts américains dans l’espoir de trouver un peu de quiétude dans les étendues infinies de ces zones inhospitalières mais aussi dans le but de se ressourcer. Ce sont les fruits de ses instants de réflexion qu’il nous livre au travers de cette œuvre, une méditation empreinte tantôt de calme et de paix, tantôt d’une souffrance et d’une violence intérieure indicibles, reflet des affres de la vie trépidante des cités industrielles qu'il n'a pas pu éviter. Angoisses et tourments admirablement traduits par la torture qu'il inflige à ses muscles, mais pondérés et tempérés – c’est d'ailleurs en cela en cela que Data est admirable – par les accents déchirants du Requiem de Fauré. Nulle autre œuvre en effet ne s’avère plus propice à la méditation et à la félicité car elle possède le pouvoir d’inonder l’être qui la reçoit d’une sorte de béatitude annihilant toute rébellion, s’insinuant jusqu’aux tréfonds de l’âme. Et le contraste était saisissant entre les instants où le chorégraphe laissait parler son impressionnante musculature, traduisant alternativement par petites touches au pied de son rocher ses peurs et ses tracas, et les moments dominés par les accents suaves de la partition qui, en pénétrant dans son corps par tous les pores de sa peau, lui redonnaient l’espoir de vivre dans un monde plus clément. Un univers fascinant sans aucun doute amplifié par l'envoûtante partition musicale de Fauré, laquelle d'ailleurs a généré le même effet sur les pièces des divers chorégraphes qui l'ont utilisée.

A l'origine Manuel Roque ne se destinait pas à la danse mais aux arts du cirque. A 18 ans, ce français de pure souche émigre au Canada et débarque à Montréal pour parfaire sa formation de circassien. Mais son penchant pour la danse le fait bientôt basculer dans cet univers qu’il aborde avec Paul-André Fortier, Dominique Porte, Hélène Langevin, Sylvain Émard ou Marie Chouinard chez laquelle il danse durant trois ans. L’année 2002 verra ses premiers pas de chorégraphe avec Brendon et Brenda. La consécration lui viendra avec son solo RAW-me qui sera primé à plusieurs reprises puis son duo Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde avec Lucie Vigneault, pièces dans lesquelles il affirmera son goût pour le déséquilibre et la désarticulation à l'extrême du mouvement.

J.M. Gourreau

Data / Manuel Roque, Atelier de Paris Carolyn Carlson, 8 juin 2015, dans le cadre des "June Events".

Manuel Roque / Data / Ateliers de Paris Carolyn Carlson / Juin 2015

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