Marc Haïm / This land is your land / Minimalisme américain

mark-haim-credit-timsummers-4-3.jpgnewspear-nude-copy.jpgMarc Haïm :

 


 

Photos T. Summers


 

Minimalisme américain

 

C’est une parodie de la société américaine toute entière que l’on peut découvrir au travers de This land is your land, une œuvre de Mark Haïm qui se produit pour la première fois en France, à l’initiative de José Alfarroba, en ouverture du 15ème festival Ardanthé de Vanves. Une pièce fascinante, voire envoûtante, sorte de mouvement perpétuel dont le rythme vous happe et ne vous lâche qu’à la toute dernière seconde. Pourtant, rien de bien spectaculaire chez ces danseurs en ligne qui n’effectuent tout au long de la soirée que des allers-retours depuis le fond de la scène jusqu’au pied des spectateurs, quasiment toujours à la même allure, comme des nageurs se partageant les couloirs d’un bassin… Cela, sur des musiques folk, parfois vives, parfois langoureuses, qui leur donnent le tempo. Ce pourrait être monotone si l’art du chorégraphe ne consistait à instiller dans cette trame de phrasés une petite modification d’attitude ou un nouvel élément à chaque turn over de l’un des 15 interprètes, modification reprise aussitôt par les autres. Or ces seules altérations, qui ont trait à la vie et à la civilisation américaine, vont maintenir le spectateur en alerte, voire le sortir de la torpeur dans laquelle musique et danse répétitives pourraient l’avoir plongé. Et si, insensiblement, les pas deviennent sautillants, si les bras accompagnent de plus en plus ostensiblement le mouvement, si les bustes se déhanchent et se tordent avant de se courber vers le sol pour se relever l’instant d’après, ce sont surtout les objets que les artistes tiennent entre leurs mains ainsi que leurs tenues vestimentaires de plus en plus extravagantes ou, plus simplement, d’un goût différent du nôtre qui vont capter l’attention. Pour exemple, les  gobelets en plastique ne contenant que des sodas qu'ils ont toujours à la main ou, encore, les fameux "starbucks", ces canettes cachées par un sac en papier rappelant qu’aux USA la consommation d’alcool dans la rue est prohibée… Un couplet surprenant également sur les pistolets, fusils de combat, mitraillettes et autres "guns" tout à fait légitimement détenus et arborés par tous, comme s’il s’agissait d’une décoration ou d’un jouet… Images pondérées par celle d’une ramasseuse de poubelles d’origine asiatique qui casse l’harmonie du mouvement.

Bref, une œuvre percutante, sortant des sentiers battus, celle d’un chorégraphe new-yorkais totalement inconnu chez nous malgré ses 30 ans de  "métier" et dont les pièces figurent au répertoire des plus grandes compagnies comme le Nederlands Dans Theater, le Ballet Frankfurt ou la José Limon Dance Company, pour ne citer que les plus célèbres d’entre elles...

Il faut rappeler à ce titre que depuis maintenant quinze ans, José Alfarroba présente à son public des artistes d’avant-garde, bien souvent contre vents et marées, et qu’il est aujourd’hui le seul à oser le faire. A l’instar d’un Gérard Violette autrefois. Devra t’on désormais rechercher les prémisses de la danse de demain à Vanves ?

J.M. Gourreau

This land is your land / Marc Haïm, Théâtre de Vanves, 29 janvier 2013, dans le cadre du 15ème festival Artdanthé.

Marc Haïm / This land is your land / Théâtre de Vanves / 29.01.13

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