Marco Berrettini / IFeel / Patchwork

 

 

 

 

 

 

Photos J.M. Gourreau

Marco Berretini :                                                                                         

 

Patchwork

 

 

Est-ce du lard ou du cochon ? Du théâtre ou de la danse ? Du cirque, du mime ou du grand guignol ? Heureusement, les frontières entre tous ces arts sont désormais de plus en plus ténues et il est totalement inopportun aujourd’hui de se poser encore la question. Quoique l’on puisse peut-être se sentir un peu frustré car, de la danse à proprement parler, ce spectacle n’en contient pas vraiment beaucoup ! En revanche, il est chargé d’allusions tant politiques que sociales et, malgré quelques longueurs, il fait crescendo son petit bonhomme de chemin jusqu’à l’explosion finale, géniale et inattendue.

IFeel puise son origine dans l’ouvrage du philosophe allemand Peter Sloterdijk, Colère et temps, qui évoque les raisons de ce qui fait la grandeur de l’Homme, sa personnalité, ses besoins de respectabilité, de reconnaissance, d’honneur et de justice, sont souvent balayés par le désir et par les ‘‘forces de l’Eros,’’ ainsi que par la jouissance bassement matérialiste de ses biens. La question sous-jacente est alors de tenter d’évaluer le rôle de la colère car, selon les philosophes, elle explique une grande partie des relations avilissantes entre les hommes: elle va même jusqu’à les guider, les rythmer. Or, si on la contient, on réprime du même coup une partie vitale de son existence. La gestion de cette colère, seule fortune de l’Homme sensé, ne pourra que passer par la morale et le respect des droits et valeurs établis. Mais, pour le commun des mortels, le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

Cette pièce, fruit de la collaboration entre trois chorégraphes, Marco Berretini, Carine Charaire et Chiara Gallerani, met en scène six interprètes, tous emblèmes d’une société domestiquée, lancés dans la quête de leur fierté et de leur dignité perdues. Six personnages subalternes, valets et femmes de chambre en l’occurrence, ayant chacun leurs idées, tentent en vain de construire quelque chose, de devenir un personnage, de se confronter aux autres, de s’élever. Bien que tentant de s’entraider et de partager leurs forces, leur besoin de liberté et d’Eros aura raison de leur faible volonté, laissant leur univers s’ouvrir sur une société charnelle supposée idéale, prônée en son temps par la danse naturiste et légère de la Loïe Fuller qui octroyait une grande place à ces plaisirs.

Bien qu'un peu longue et alambiquée du fait de la superposition des saynètes et des idées, cette œuvre peut parfois aussi paraître un peu loufoque et dadaïste par ses discours mais elle a le très grand mérite d’amener le spectateur à réfléchir sur sa destinée.

J.M. Gourreau

 

IFeel / Marco Berretini, Carine Charaire et Chiara Gallerani, Théâtre de la Cité Internationale, Paris, Février 2010.

Dans le cadre des Rendez-vous danse d'Arcadi.

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