Marco Polo / Piétragalla, Paris, Palais des Congrès, Mars 2009.

Piétragalla :

 

La grande classe !

 

On ne pourra pas reprocher à « Piétra » de ne pas vivre avec son temps : Marco-Polo s’avère en effet une vaste fresque humaine, forte et violente, une super-production populaire – le mot n’est pas trop fort – toute à l’honneur de la chorégraphe et de son compagnon, Julien Derouault. Dans cette « manga dansée », comme la qualifie ce dernier, Marco-Polo que l’on sait avoir autant mêlé, dans ses récits, les faits réels que la fiction, au point d’avoir été considéré par certains de ses pairs comme un affabulateur, n’est peut être qu’un prétexte à un voyage poétique et initiatique tout à la fois. Cet homme-momie ressuscité de la nuit des temps par la chorégraphe, va en effet revivre son passé mais aussi effectuer un voyage initiatique et poétique dans le futur, envoûté par une mystérieuse sirène blanche, Dame Piétra en personne, qui l’entraînera dans quatre univers diamétralement opposés : l’eau, la terre, le feu et l’air. L’aventure aurait pu s’arrêter là.

Or,  Piétragalla et Derouault ne se contentèrent pas de broder et d’ourler cette magnifique histoire par l’art de Terpsichore. Il lui offrirent d’abord de splendides atours, en l’occurrence un magnifique écrin en 3 D, le dessin d’animation entrant de plain pied dans le spectacle. Et quel dessin ! A lui seul une véritable œuvre d’art. Un graphisme à vous couper le souffle. Un spectacle à lui seul que ne renierait certainement pas un Walt Disney…

Mais ce n’était pas tout : il fallait l’auréoler d’une musique d’un autre temps et qui soit adaptée tant au passé qu’au présent ou au futur. Et la seconde idée de génie de nos deux compères fut de faire appel au compositeur Armand Amar qui sut se projeter  avec tact et goût dans les méandres de cette épopée de l’humanité, comme pour la faire flotter sur un nuage. Et que dire des mélodies envoûtantes pour ne pas dire ensorcelantes du chanteur iranien Salar Aghili et des solistes Adèle Carlier et Shin Shin Wang dont la mission était de nous faire passer d’un monde à l’autre en nous faisant oublier celui que l’on venait de quitter ! 

Le trait commun à ces quatre univers était cependant la danse. Pourtant pas celle que l’on était en droit d’attendre de la part d’une artiste sortie du giron de l’Opéra de Paris. Là encore Piétragalla fit preuve d’une grande originalité en superposant, avec beaucoup de bonheur, danse classique, danse contemporaine et hip-hop. Si elle réserva, à son compagnon et à elle même la partie classique, le contemporain et le hip-hop furent dévolu au corps de ballet. Dix de ses seize danseurs sortaient en effet du hip-hop ! Et il faut reconnaître que le mariage de ces disciplines servit admirablement bien son propos. Des danseurs remarquables, chacun dans leur spécialité. Tout comme Julien Derouault qui s’avéra être un danseur de caractère étonnant. Un regret cependant : le fait que Piétragalla se soit peut-être réservé un rôle qui ne la mettait pas particulièrement en valeur, ombre fugitive et immatérielle que l’on aurait sans doute aimée plus présente car, avant tout, c’était bien elle que le public était venu admirer… Mais n’était-ce pas le propos qui voulait cela ?

 

                                                                                                                                                                 J.M. Gourreau

 

Marco Polo / M.C. Piétragalla, Paris, Palais des Congrès, Mars 2009.

 

 

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