Maria Pagés / Sidi Larbi Cherkaoui / Dunas / Choc de cultures

 Photo D. Ruano

Maria Pagés et Sidi Larbi Cherkaoui :

 

 

 

 

Choc de cultures

 

 

Deux monstres sacrés qui s’écoutent mutuellement malgré leur différence de culture et qui parviennent à se mettre réellement l’un l’autre en valeur, cela mérite sans conteste le détour. Dunas résulte en effet de l’étonnante rencontre de deux danseurs aussi atypiques l’un que l’autre, Maria Pagés, sévillane pur sang issue du flamenco que l’on a pu admirer dans les compagnies de Rafael Aguilar et Antonio Gades, et Sidi Larbi Cherkaoui, chorégraphe d’origine marocaine et flamande qui a triomphé l’année dernière avec son triptyque Foi - Myth - Babel, entre autres sur cette même scène. 

Dunas est un patchwork chorégraphique qui met en valeur les différentes facettes et les multiples talents de ces deux grands noms de la danse, tout en reposant sur une scénographie des plus originales. Cherkaoui a un sens profond de la mise en scène, il l’a montré à maintes reprises et sans nul doute, c’est à lui que l’on doit attribuer l’idée des splendides draperies couleur sable qui servent d’écrin et, aussi, de lien à ce spectacle. Comme il le dit lui-même en préambule, Dunas est bien sûr « inspiré par les dunes, le sable, sa matière et ses métamorphoses ». Mais pas seulement. Il révèle en effet ces artistes sous un jour que l’on ne leur connaissait pas. Qui aurait cru que Cherkaoui soit aussi un adepte du chant comme, d’ailleurs, du dessin, donnant la faculté aux bras de sa compagne de se prolonger grâce à un ingénieux stratagème, pour dessiner sur le sable des images mouvantes du plus bel effet ? Mais la danse n’était pas en reste et il sut, bien qu’il n’en ait pas tout à fait le physique, être face à Maria Pagés, un partenaire racé, maîtrisant parfaitement la technique du zapatéado.

On le voit, l’éclectisme était de mise, bien que les différents tableaux, collés les uns aux autres, ne s’enchaînassent pas aussi bien qu’on l’aurait souhaité. Mais la pièce fourmillait d’idées plus originales les unes que les autres, particulièrement mises en valeur par des jeux de lumière, de contre-jour et d’ombres chinoises entre les différentes épaisseurs de voiles. Sur le plan chorégraphique, l’accent avait été mis sur les jeux de bras et de mains, traçant dans l’espace des images d’un charisme et d’une chaleur étonnantes. Regrettons toutefois que Cherkaoui, dans le dernier duo, ne se soit pas montré aussi mordant que l’esprit de la chorégraphie l’exigeât, se laissant mener par sa compagne sans trop réagir.

Il n’en reste pas moins que cette œuvre, servie par une très belle musique originale de Szymon Brzoska, s’inscrira sans doute parmi les pièces d’anthologie de ces deux artistes.

J.M. Gourreau

 

Dunas / Maria Pagés et Sidi Larbi Cherkaoui, Grande halle de la Villette, Avril 2011.

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