Marie Chouinard/ Le Sacre du printemps / Prélude à l'Après-midi d'un faune / Elans vitaux

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                                                                                                Photo Marie Chouinard

Marie Chouinard :

Elans vitaux

 

Le Sacre du printemps est une pièce clé dans l’œuvre de Marie Chouinard. Si elle s’avère bien une célébration de la vie, elle s’en démarque cependant par le fait qu’il ne s’agit pas d’un rituel comme l’ont envisagé la plupart des chorégraphes qui ont abordé ce thème mais d’une exaltation du corps humain et des forces vitales qui l’habitent. Créée à Ottawa en 1993, très précisément 80 ans après celle de Nijinski, cette œuvre est construite autour de solos qui reflètent en fait les pulsions animant l’Homme dès les premiers instants de son existence. Peu de place aux sentiments par conséquent mais des mouvements très physiques, d’une bestialité évidente, rendant au corps sa liberté. A certains moments, la gestuelle, totalement naturelle, semble presque innée car mue par des pulsions vitales, exaltant le corps humain ; à d’autres en revanche, elle se révèle sauvage et provocante, notamment lorsqu’elle embrase la sexualité, s’accompagnant de souffles, de sons gutturaux et de feulements suggestifs… On y retrouve l’atmosphère de l’Après midi d’un Faune de Nijinski ainsi que l’orgasme évoqué à la fin de la pièce et que Gaston Calmette fustigea dans les colonnes du Figaro du 30 mai 1912, le lendemain de la création de l’œuvre : « Ceux qui nous parlent d’art et de poésie à propos de ce spectacle se moquent de nous. Ce n’est ni une églogue gracieuse, ni une production profonde. Nous avons eu un Faune inconvenant avec de vils mouvements de bestialité érotique et des gestes de lourde impudeur. »

Aujourd’hui, ces images agressives ne nous choquent plus, bien au contraire car, au travers d’elles, Marie Chouinard donne l’occasion à ses interprètes de révéler leur sensualité, d’autant plus visible qu’elle les a par moments isolés dans un cône de lumière. Et l’on est vite conquis par ces mouvements convulsifs et sauvages, merveilleusement soutenus par le rythme obsédant de la puissante partition de Stravinsky. Il faut préciser également que le spectateur avait été au préalable mis en condition par une autre œuvre de la même chorégraphe et du même compositeur, à savoir Le Prélude à l’après-midi d’un faune, un solo de la même veine magnifiquement interprété par Carole Prieur, ballet lui aussi très provocateur du fait de sa connotation sexuelle, reprenant en partie la pièce éponyme de Nijinski. Ces deux ballets sont toujours associés aujourd’hui dans le même programme.

J.M. Gourreau

 

Le sacre du printemps et Prélude à l’après-midi d’un faune / Marie Chouinard / Nanterre, Maison de la musique, 31 Janvier 2012.

Prochaines représentations : Enghien les Bains, 22 Mai 2012 ; Biarritz, 29 Mai 2012.

Marie Chouinard/ Le Sacre du printemps / Prélude à l'Après-midi d'un faune / Nanterre / Janvier 2012

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