Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault / Mr et Mme Rêve / Du grand spectacle

PietragallaPietragalla img 3092Pi tragalla img 0740Photos Pascal Elliott

Marie-Claude Pietragalla - Julien Derouault :

Du grand spectacle

 

Il est étonnant de voir qu'avec deux danseurs seulement, on puisse monter un spectacle aussi grandiose. Et l'on pourrait retourner à Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault cette pensée d’Ionesco, "tout ce que nous rêvons est réalisable," texte qui est d'ailleurs aussi à la base de cette éblouissante fantasmagorie. C’est en fait à un voyage ébouriffant au pays des rêves que nous convient Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault, un voyage qui pourrait être en partie autobiographique, bien que sous-tendu tout au long de son parcours par des textes pour la plupart issus de Notes et contre-notes d’Eugène Ionesco, réflexions acerbes mais pétillantes sur le théâtre contemporain et les conceptions dramatiques de cet auteur. L’histoire est celle de deux personnages transportés dans un espace-temps au-delà du réel qui traversent l’existence à la vitesse de l’éclair, faisant une quinzaine de haltes à des moments cruciaux de leur vie, allusions bien reconnaissables à des faits marquants de leur histoire ou de la nôtre. Un scénario qui serait banal si les deux choréauteurs, pour reprendre un terme de Serge Lifar, n’avaient fait appel à la technologie de Dassault Systèmes, concepteurs de macrocosmes virtuels en 3 D qui ont créé, en lieu et place des décors traditionnels, une série d’univers mouvants hyperréalistes au sein desquels évoluent librement nos deux personnages. L’illusion est à tel point parfaite que le spectateur a l’impression de faire partie du même monde. Toutefois, ce système, en recréant un univers grandiose, a l’inconvénient d’y noyer les personnages de chair et d’os, lesquels font de ce fait partie intégrante du paysage sans pouvoir s’en détacher, comme dans le cas d’un ballet traditionnel. Ce, d’autant que les tableaux se succèdent à une vitesse telle que l’œil n’a pas le temps de tout assimiler et, en particulier, de s’attarder sur la chorégraphie. Or, du fait de la seule présence sur scène de deux personnages interagissant avec les images sur près de 200 m², celle-ci se doit de privilégier l’expressivité aux dépens du lyrisme et de l’immatérialité, ce qui est parfois un peu dommage.

Il n’en demeure pas moins que M. et Mme Rêve s’avère un grand spectacle, peut-être parfois un peu difficile à déchiffrer mais plein de poésie, de magie  et, surtout, de créativité, au sein duquel le spectateur navigue constamment entre le réel et le virtuel. Marie-Claude Pietragalla s’étant blessée une quinzaine de jours avant les premières représentations parisiennes, elle a été remplacée par Clairemarie Osta, elle aussi ex-étoile de l’Opéra de Paris et, actuellement, directrice des études chorégraphiques au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, qui s’est appropriée son rôle avec une grande aisance et beaucoup de bonheur. Quant à Julien Derouault, il n’a rien perdu de ses qualités techniques, se révélant à nouveau un danseur hors pair.

J.M. Gourreau

Pietragalla mr et mme reve photo pascal elliott 1Photo Pascal Elliott

M. et Mme Rêve / Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault, Grand Rex, Paris, du 12 au 29 mars 2014.

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