Marilén Breuker Argentina sola ? Paris Novembre 2007

Marilén Breuker :

 

Une belle leçon d’humanité

 

 

 

 

Un message, surtout quand il comporte plusieurs volets,  passe toujours beaucoup mieux lorsque l’on conjugue diverses manières pour l’évoquer. C’est sans doute la raison qui a amené Marilén Breuker à utiliser différents arts pour faire partager à son public la détresse qui l’étreignit au retour d’un voyage qu’elle effectua, à la fin de l’année 2001, en Argentine. Sa joie de retrouver sa terre natale s’était alors bien vite dissipée à la constatation des marques indélébiles laissées par les guerres et la dictature : 30 000 disparus durant la dictature entre 1966 et 1973 puis, à partir de 1976, le rétablissement de la peine de mort et la légalisation de la torture par le « Processus de réorganisation nationale » lequel, pour anéantir toute forme d’opposition, supprima les droits de la défense pour instaurer la terreur… Tout cela laisse de profondes séquelles qui ne peuvent s’oublier, même si ce peuple fit preuve d’un courage remarquable en reprenant ses activités passées dans la constance, la joie et la bonne humeur. Dès 1977 en effet, les mères des enfants disparus manifestaient chaque jeudi sur la Place de mai, au risque de subir le même sort. C’est ce monde de contrastes qu’a voulu évoquer la chorégraphe dans une œuvre aussi poignante que touchante, en étendant d’ailleurs sa réflexion à tous les peuples opprimés et à toutes les formes de répression, d’où le point d’interrogation à la suite du titre de sa pièce. Ingrid Bettencourt n’est évidemment pas loin…

Pour faire prendre conscience à son public de ces multiples facettes, la chorégraphe imagina une œuvre à tiroirs, les spectateurs étant invités à effectuer un parcours débutant dans le hall du théâtre, lui donnant à voir des images théâtrales de la dictature alternant avec des vidéos et courts métrages chorégraphiques évoquant quelques uns des moments forts de la répression. Une mise en scène très réaliste reflétant parfaitement les tourments et frayeurs éprouvés par les « gauchistes » rebelles devant le tribunal révolutionnaire. Après avoir invité les spectateurs à choisir entre deux propositions, elle emmenait l’un des groupes suivre un rite païen dans un hôtel avant de l’inviter à prendre une leçon de tango, image bien sûr très forte de l’Argentine, tandis que l’autre groupe était confronté à un tribunal et à la mémoire du Che. Idée originale que celle d’obliger le spectateur à faire ce choix et à l’assumer.

Les deux groupes se retrouvaient par la suite dans les fauteuils de la salle pour vivre une troisième aventure, dansée par sa compagnie celle là, évoquant la résistance inlassable du peuple, reconstruisant sans cesse et avec un courage exemplaire ce que la dictature avait détruit… et ce, sans jamais se plaindre. Une belle leçon d’humanité !

 

J.M. Gourreau

 

Argentina sola ?  -   Photo J.M. Gourreau

 

 

 

 

 

Argentina sola ? ( Argentine seulement ?) / Marilén Iglesias-Breuker, Th. Du Lierre, Nov. 2007.

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