Marlène Jöbstl / Double / Réveil d'un concept artistique oublié

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Photos J.M. Gourreau

 

Marlène Jöbstl:

Réveil d'un concept artistique oublié

 

Cela faisait bien longtemps que l'on n'avait vu un danseur investir une galerie d'art pour une performance. Si mes souvenirs sont exacts, cela remonte au début des années quatre vingt, la prestation la plus marquante à l'époque étant précisément celui du danseur de butô Min Tanaka en mai 1981.

Moraczewska my butoh mother webC'est à l'initiative de l'artiste peintre, poète et graveur Magda Moraczewska et du photographe kOLya San que Marlène Jöbstl, danseuse de butô elle aussi, vient d’avoir l’occasion de renouer avec cette tradition à l'« Espace 130 » à Paris*, galerie au sein de laquelle Magda et kOLya présentaient quelques unes de leurs œuvres dans une exposition commune, Projet double. Tous deux sont en effet, chacun dans son domaine, adeptes d’œuvres sombres et torturées dans l'esprit du butô. Leur démarche artistique, fort originale, leur a en effet permis d'entrer en communion, de partager leurs idées et leurs concepts, autorisant leurs techniques à se rejoindre. Pourquoi dès lors ne pas aller encore plus loin et faire appel - pour une soirée partagée - à une danseuse de butô qu'ils admiraient tous les deux? Ainsi est né, en marge du Projet double qui réunissait déjà les deux artistes, Double, une improvisation exceptionnelle dansée par Marlène Jöbstl au sein de l'exposition: les deux artistes estimaient à juste titre que, par sa danse, la chorégraphe conférerait une nouvelle dimension à l'émotion émanant de leurs œuvres, elles-mêmes issues d'une transe ou de leur subconscient. Il n'est pas rare en effet qu'une même pensée ou qu'un même concept puissent être traduits par divers modes artistiques, les conduisant à se rejoindre et à se compléter.

P1150861 1P1150843 1P1150885 2Bien qu’elle ne fût pas réellement nouvelle, l'idée n'en était pas moins excellente, et Marlène Jöbstl, par la parfaite maîtrise de son corps et la puissance des mouvements qu'elle puisait dans lesKolya article dessins ou les photographies des deux artistes, parvint, par sa transe, à en extraire l'essence - au moins pour certaines de ces oeuvres - pour la faire rejaillir sur les spectateurs subjugués. Il fallait la voir, apeurée, se recroqueviller dans un coin comme un chien battu, attendant la salve suivante ou, encore, blottie tout contre les œuvres exposées, faire corps avec elles, s'y confiner, s'y couler, en particulier dans ces lés de papier évoquant les emaki japonais qui descendaient du plafond et sur lesquels Magda Moraczewska avait apposé, avec une légèreté extrême, sa propre vision de l'existence... Il fallait savourer les changements d'expression du visage de Marlène, tantôt déformé par les affres de la douleur, tantôt éclairé par un sourire amer, comme si la chorégraphe-interprète trouvait quelque repos ou bien-être dans la folie. Il fallait encore la voir, les yeux hagards, embués de larmes, se faufiler entre les œuvres exposées et les visiteurs qui se pressaient en masse dans l'espace trop petit de la galerie, déchirée par la violence qui torturait son corps. Mais il fallait aussi savourer ces trop rares moments de joie qui irradiaient son visage, exprimant sans doute le bonheur et le plaisir qu'elle éprouvait de danser pour un public sélectionné. Visions fascinantes d'une beauté et d'une force incommensurables qui demeureront gravées à jamais dans l'esprit des spectateurs.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                J.M. Gourreau

Le tableau de gauche, My butoh mother, est de Magda Moraczewska ; la photo de droite, de kOLya San, est intitulée Autoportrait, la danse du corps obscur.

Double / Marlène Jöbstl, Espace 130, 75010 Paris, 14 octobre 2016, dans les œuvres picturales de Magda Moraczewska & kOLya San.

P1150968*130, rue du Faubourg Poissonnière, Paris Xème.

Le directeur de cette galerie d'art, ouverte depuis un peu plus d'un an, Mr Antoine Roulet, a pris l'initiative aussi heureuse qu'originale de tenter de faire fusionner différents arts dans certaines de ses expositions. Ainsi a t'il pu déjà organiser quelques soirées au cours desquelles un musicien ou un chanteur venait s'exprimer et exercer son art en osmose et au sein des toiles exposées.

 

Marlène Jöbstl / Double / Galerie 130 Paris / Octobre 2016

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