Marlène Jöbstl / Heimliche Hymne / Clin d'oeil à son passé

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Photos J.M. Gourreau

 

Marlène Jöbstl :

Clin d’œil à son passé

 

Il arrive un moment dans la vie d’un artiste où celui-ci éprouve le besoin de tourner son regard vers le passé, de mettre en avant les évènements et instants cruciaux qui ont marqué son existence, de les livrer et de les faire partager à son public. Marlène Jöbstl, artiste qui s’est engagée dans l’étude, la pratique et l’enseignement du butô, cet art expressionniste japonais très imagé, né dans le sillage de la seconde guerre mondiale sous les pas de Tatsumi Hijikata et de Katsuo Ohno, n’a cependant pas choisi ce langage pour s’exprimer : elle s’est en effet plutôt tournée vers l’art du spectacle qui a vu sa destinée s’accomplir, celui du mime, plus précisément celui de Jacques Lecoq, pédagogue et fondateur de l’Ecole internationale de théâtre et de mime de Paris. C’est en effet avec cet artiste qu’elle a fait ses premiers pas avant de découvrir en 2002 - sous l’égide de Yumiko Yoshioka, Atsushi Takenouchi, Daisuke Yoshimoto et le fils de Katsuo Ohno, Yoshito Ohno - le butô, cet art fascinant qui, dans une certaine mesure d’ailleurs, appelle le mime.

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Heimliche Hymne qu’elle vient de créer dans le cadre de la 18ème édition du Butô Festival à l’Espace Culturel Bertin Poirée évoque, par son titre, les origines autrichiennes de cette artiste qui, après la France, a désormais choisi l’Espagne pour vivre et exercer son art. Un pays dont elle retranscrit la chaleur et la vivacité dans la dernière partie de son spectacle. Le début de celui-ci évoque cependant le souvenir d’Hijikata qui, tout comme elle à ses débuts, était en quête de son identité. Pour sa part, elle y affirme et revendique sa féminité mais aussi sa fierté d’être née dans un pays très attaché à la paix entre les nations. C’est en effet drapée dans un tissu évoquant le drapeau national aux couleurs rouge et blanche (couleurs de la paix) taché par endroits de sang qu’elle apparaît, fardeau dont elle va peu à peu se séparer pour se présenter sous son vrai visage, celui d’une femme secrète, d’une grande sensibilité mais aussi d’une non moins grande fragilité, dansant avec son âme et son cœur. Une danse expressive, spontanée, puissante et imagée qui relate autant les moments heureux qu’elle a pu vivre que les vicissitudes de l’existence auxquelles elle s’est trouvée confrontée, comme la drogue, laquelle a emporté son compatriote, le chanteur pop-rock Falco, Johann Hölzel de son vrai nom, auquel elle a entre autres emprunté un fragment musical pour accompagner son spectacle. Une pièce émaillée de nombreuses autres allusions historiques évoquant notamment l’occupation nazie et ses insoutenables "restrictions" alimentaires, celle du sel en particulier, auxquelles le peuple autrichien était soumis. Faits relatés dans ce livre qui l’accompagne, ouvrage écrit par son père dont elle déclame au fil du temps quelques passages particulièrement poignants. Il n’en reste pas moins que l’œuvre, bien qu’émaillée de propos graves, reste dans son ensemble assez enjouée, voire primesautière, du fait de la truculence de ses propos soutenus en grande partie par deux "tubes" musicaux, Le beau Danube bleu de Johann Strauss, apologie de l’Autriche, et Non, je ne regrette rien d’Edith Piaf, symbole de la France, Marlène Jöbstl bénéficiant des deux nationalités.

J.M. Gourreau

Heimliche Hymne / Marlène Jöbstl, Centre culturel Bertin Poirée, Paris, 12 & 13 juin 2018.

 

 

Marlène Jöbstl / Heimliche Hymne / Centre culturel Bertin Poirée / Juin 2018

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