Marlène Monteiro Freitas / Jaguar / Voyage en absurdie

P1150628P1150582P1150579 2

Photos J.M. Gourreau

Marlene Monteiro Freitas:

Voyage en absurdie

 

Voilà une œuvre qui a de quoi désarçonner son public. Non en raison de la présence d'un cheval d'arçon (ou, plutôt, de bois) sur scène mais en raison de son propos... désarçonnant ! Marlene Monteiro Freitas l'annonce d'ailleurs tout de go dans les premières lignes du programme: "Derrière la dimension carnavalesque de mes pièces, il y a certainement un désir de transgresser les limites de l'esthétiquement correct, d'essayer autre chose". Effectivement dès notre entrée en salle, les deux danseurs, Marlène et son protagoniste Andreas Merk, déjà sur le plateau, nous transportent tout en douceur dans un monde loufoque, mécanisé et  aseptisé (au sens propre du terme), un tantinet malsain, sans que nous nous rendions compte immédiatement qu'il s'agit du nôtre... Du nôtre, oui, mais présenté sous un angle qui nous est - par les temps qui courent - un peu étranger, un angle loufoque et caricatural qui évoque parfois l'univers de Marcia Barcellos, un angle fantasmagorique que ne renieraient pas les poètes de l'absurde. Cette œuvre, à mi chemin entre les arts de la marionnette, du théâtre et de la danse, et que nous avons déjà pu voir en mars au Centre Pompidou ou en février à l'Hippodrome de Douai, tire son inspiration de multiples univers, des contes d'Hoffmann au Cavalier bleu (Der blaue Reiter, nom d'un groupe d'artistes expressionnistes allemands auquel appartenaient Kandinsky, Paul Klee et Franz Marc), en passant par celui du peintre Adolf Wölfli, artiste suisse icône de l'art brut, qui sera interné à l'asile de la Waldau près de Berne où il demeurera jusqu'à sa mort.

P1150635P1150704P1150654

Si Jaguar est une pièce déroutante et un tantinet trop longue, c'est aussi une œuvre fascinante, exubérante et carnavalesque, émaillée de pointes d'irrésistible humour, et qui transporte le spectateur dans une multitude de mondes abracadabrants, lesquels disparaissent subrepticement souvent avant que l'on ait pu en saisir la substantifique moelle. Des mondes peuplés de créatures hybrides, de tennismen, de nageurs, de lads pansant leur cheval, de pervers narcissiques, de danseurs de salon, voire de personnages de contes de fée égarés dans notre univers... Leur expressivité dégage une foultitude d'émotions, d'ailleurs parfois contradictoires. L'œuvre est servie par des enregistrements exceptionnels de partitions de David Bowie, Schönberg, Puccini ou Stravinski. Il ne faut pas chercher à vouloir tout comprendre mais au contraire se laisser aller au gré des évènements, à les prendre comme ils se présentent pour mieux les savourer. Tout comme chez Magritte, c'est alors seulement que les images deviennent des mots.

J.M. Gourreau

P1150683P1150757P1150727 1Jaguar / Marlène Monteiro Freitas, MAC de Créteil, 30 septembre 2016, dans le cadre de la 24ème édition des Plateaux, plateforme danse internationale de la Briqueterie / CDC du Val de Marne.

 

Marlène Monteiro Freitas / Jaguar / Créteil / Septembre 2016

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau