Mathilde Monnier / Publique / Nos images / Gennevilliers

  

 

 

 

 

 

 

           Nos images  -  Ph. M. Coudrais                                                                                                                             Publique  -   Ph. M. Coudrais

Mathilde Monnier :

 

Surprising…

 

 

Il est des gens qui se trouvent là où on les attend le moins. Mathilde Monnier est de ceux là ; elle a l’art de surprendre, de s’engager dans des voies pour le moins étranges, de s’incarner dans des personnages auxquels elle n’avait jusqu’à présent pas précisément songé. Ainsi en est-il de ses « petites apparitions » en compagnie de Loïc Touzé dans les réflexions du dramaturge Tanguy Viel sur la critique cinématographique. Quel peut bien être le rapport de Nos images avec la danse, me direz-vous ? Aucun, si ce n’est que les duos des danseurs servent d’intermèdes légers aux propos de l’écrivain, illustrant quelques uns des films dont il fait l’apologie… ou la critique ! Ou prolongent, parfois avec humour, son imagination, voire ses délires… Le résultat est pour le moins étonnant, divertissant, pour ne pas dire sympathique ! Et finalement, il met en valeur un texte auquel on ne prêterait pas nécessairement attention dans un autre contexte…

Tout aussi atypique est Publique, pièce datant de 2004, qui met en scène huit filles aux tempéraments diamétralement opposés et qui, les unes après les autres, vont littéralement « s’éclater » sur la musique rock de la compositrice anglaise Polly Jean Harvey, au début de l’œuvre tout au moins. Car, dans la seconde partie, l’atmosphère électrisante qu’elles avaient réussi à créer au début du spectacle retombe, comme si Mathilde Monnier avait donné à chacune de ses interprètes l’impulsion qui leur était indispensable pour prendre leur élan puis les avait livrées à elles-mêmes. En fait, cette musique diabolique conduit ceux qui s’en imprègnent vers une sorte de folie hystérique différente selon le tempérament de chacun. Or la chorégraphe a conçu ses variations tant en fonction de la musique que de la personnalité de ses interprètes, veillant à ce que la danse leur colle à la peau comme un gant, leur laissant l’habiller avec leur propre personnalité. C’était en effet étonnant de les voir chacune dans leur monde, parfois totalement envoûtées, vivant chacune à sa manière les rythmes qui les traversaient, exprimant chacune leur ressenti et leur plaisir d’une manière fort originale et bien différente l’une de l’autre, tout en demeurant comme aveuglée dans son propre univers.

Mais il était difficile à la chorégraphe de maintenir un tel rythme durant tout le spectacle, d’autant que l’œuvre de la musicienne n’était génératrice d’un phrasé lyrique que durant quelques instants. A d’autres moments, elle s’avérait en effet moins hystérique, plus grave et plus profonde, à d’autres encore, pleine de poésie. Et c’est avec ces deux dernières facettes que la chorégraphe a choisi de conclure son œuvre, la seconde partie étant bien évidemment moins rythmée et moins envoûtante, et la troisième, axée sur l’écoute de quelques poèmes non dansés et déclamés dans la langue de Shakespeare dans le noir le plus complet. C’est là que le bât blessa, d’autant que la diction de la cantatrice laissait par moments à désirer, rendant les paroles du chant difficiles à comprendre, même pour des linguistes aguerris. D’où la genèse pour d'aucuns - en fin de parcours tout au moins - d’un  profond en ennui...

 J.M. Gourreau

 

Nos images et Publique / Mathilde Monnier, Théâtre de Gennevilliers, Mai 2011.

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