Mats Ek / Alexander Ekman / Johan Inger / Dancing with Bergman / Quand la danse rejoint le cinéma

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Mats Ek et Ana Laguna dans Memory-@ Leslie Spings

Mats Ek, Alexander Ekman & John Inger :

Quand la danse rejoint le cinéma

 

Quel exceptionnel bonheur et quelle chance surtout de pouvoir retrouver réunis pour quelques soirées sur la scène du théâtre des Champs-Elysées Mats Ek, Ana Laguna et quelques-uns de leurs amis chorégraphes dans un spectacle d’une grande originalité, centré sur l’œuvre et la personnalité d’un autre monstre sacré des arts de la scène, leur compatriote, le réalisateur cinéaste Ingmar Bergman ! C’est en effet  la productrice de "Transcendances", Vony Sarfati, qui eut l’idée, il y a quelques mois, à l’occasion du centenaire de la naissance du cinéaste, de réunir sur le même plateau trois générations d’artistes suédois. Elle en confia la réalisation à Mats Ek, lequel avait fait ses adieux officiels à la danse en 2016, à l’âge respectable de 71 ans. La raison de ce retour ? D’abord le fait qu’Anders Ek, le père de Mats Ek, ait été l’un des acteurs fétiches de Bergman. Ensuite, que Mats, lui-même, ait été l’assistant du cinéaste sur certaines de ses mises en scène comme Woyzeck, de Büchner, en 1969 au Royal Dramatic Theatre de Stockholm. "Etre son assistant était un frisson constant et, chaque jour, une aventure. Par peur du chaos, il était extrêmement exigeant en matière d’organisation, ce qui peut paraître paradoxal dans ce milieu où la créativité doit être reine", se souvient-il. En outre, dit-il, "il a souvent travaillé avec des chorégraphes pour compléter ses talents ; il savait qu'il y avait une correspondance entre la danse et le théâtre". Et puis, si Mats Ek est davantage connu comme chorégraphe ou directeur des Ballets Birgit Cullberg, il faut se souvenir en effet qu’à ses tout débuts, il fut d’abord homme de théâtre tout comme son père, avant de devenir danseur. Passion qui ne l’a pas quitté puisqu’il a poursuivi la création de mises en scène telles que Don Giovanni en 1999, Andromaque en 2001 et Le songe d’August Strinberg en 2007. Ce n’est qu’à l’âge de 27 ans qu’il a basculé vers la danse. Enfin, il faut bien l’avouer, pour un artiste, il est toujours difficile de tourner brutalement la page après une vie entièrement consacrée à l’art et ce n’est bien souvent que la mort qui l’y contraint…

Le pas-de-deux qu’il danse aujourd’hui avec sa compagne Ana Laguna, Memory, avait été chorégraphié pour le Don Juan de Molière, créé à Stockholm en 2000, repris en 2004 et réactualisé aujourd’hui en y adjoignant un début et une fin. Très théâtrale, cette œuvre sur la vie au quotidien avec ses moments de félicité mais aussi ses mesquineries et ses épreuves, n'a donc pas été spécialement montée pour cet hommage à Bergman. Conçu comme la majorité des autres avec et pour Ana Laguna, ce duo, est d’une puissance extrême. Tous les sentiments qui émaillent la vie du couple y sont abordés, à commencer par cet amour passionnel que l’on retrouve à toutes les étapes de la vie, évoqué sans doute avec le maximum d’attention et de tendresse au fur et à mesure que l’âge avance, la fragilité et le besoin de protection se faisant plus prégnants.

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Bergman vu par Bengt Wanselius

 

 A. Ekman dans Thoughts on Bergman @ Eric Berg                                                                                                                                                         4 Karin de Johan Inger @ Erik Berg

Les deux autres œuvres de la soirée, confiées respectivement à deux plus jeunes chorégraphes suédois de grand talent, Johan Inger et Alexander Ekman, sont également toutes deux supportées par des extraits de films d’Ingmar Bergman dont on peut partager quelques instants sous la forme de clichés photographiques et de vidéos montées pour l’occasion par Bengt Wanselius, "mémoire visuelle de l’intime du célèbre metteur en scène", peut-on lire dans le programme. Johan Inger s’est inspiré du court métrage The dance of the damned women pour réaliser 4 Karin, pièce aussi curieuse qu’originale, conçue tel un exercice pédagogique, à savoir sa présentation dansée suivie d’une explication verbale par son auteur afin d’éclaircir les zones d’ombres éventuelles et d’en faciliter la compréhension. Ce, avant de la reprendre une seconde fois clés en mains pour en goûter pleinement toutes les subtilités. Très narrative, l’œuvre met en scène quatre femmes de générations différentes, la plus jeune se trouvant confrontée successivement à ses trois aïeules et contrainte à l’obéissance ou à la révolte. Un conflit de générations d’un réalisme saisissant.

La dernière œuvre du programme, Thoughts on Bergman, est un solo d’Alexander Ekman, en fait une réflexion sur ce jeu qu’est la création, ainsi que sur la solitude de l’artiste face à son public mais, surtout, face à la vie et la fin des choses. Quant à Mats Ek, il n’abandonnera pas pour autant la danse puisqu’il présentera en juin l’année prochaine à l’Opéra de Paris deux créations, Another place sur une musique de Franz Liszt et Le Boléro sur la célèbrissime partition de Ravel.

J.M. Gourreau

Memory / Mats Ek, 4 Karin / Johan Inger, Thoughts on Bergman / Alexander Ekman, "Dancing with Bergman", Théâtre des Champs-Elysées, du 9 au 11 juin 2018.

Prochaines représentations: Opéra de Monte-Carlo, du 12 au 14 juillet 2018.

 

Mats Ek / Alexander Ekman / Johan Inger / Dancing with Bergman / Théâtre des Champs-Elysées / Juin 2018

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