Mats EK/ From Black to Blue / Une page de la danse vient de se tourner

Mats ek hache 3 c leslie spinks avec ana laguna et yvan auzely 1Mats ek george hill sie war schwarz costin radu semperoper ballett dresden 2  Mats ek tous droits reserves 2                           George Hill                                                                                                                                                Anna Laguna et Yvan Auzely

                      Photo Leslie Spinks                                                                 Mats EK                                                            Photo Costin Radu Sempero

Mats Ek :

Une page de la danse vient de se tourner

 

C'est un indicible parfum de nostalgie qui étreint le spectateur à l'issue du dernier spectacle de Mats Ek, From black to blue, et ce, à double titre. Présentée dans le cadre de la série TrancenDanses, cette soirée inédite marque en effet les 70 printemps - et donc les adieux - du fils de la célèbre chorégraphe suédoise Birgit Cullberg et de l'acteur fétiche d'Ingmar Bergman, Anders Ek. Mais pas seulement. Elle marque aussi le départ de la scène de celle qui fut son inénarrable Giselle, Ana Laguna, sa femme dans la vie. Un départ annoncé depuis longtemps mais auquel on avait du mal à se résoudre: difficile en effet de penser que l'on ne verra vraisemblablement plus sur aucune scène ses étonnantes relectures des grands ballets du répertoire, Le Lac des cygnes, La Belle au bois dormant, Roméo et Juliette (donné à l'Opéra de Paris au début de l'année dernière) ou Giselle en particulier car Mats Ek évoque clairement son intention de retirer peu à peu ses œuvres du répertoire des compagnies auxquelles il les avait confiées, de peur qu'elles ne soient plus interprétées dans l'esprit dans lequel il les avait conçues...

Au programme spécialement concocté pour la circonstance, trois œuvres créées à différentes époques présentant diverses facettes du talent de ce chorégraphe, dont sa dernière pièce, créée il y a seulement 7 mois et inédite en France, Hâche, pour Yvan Auzely et Ana Laguna. A voir cette artiste encore si alerte, si gaie, si expressive, on n'aurait jamais pensé qu'elle puisse avoir à un âge où bien des danseuses ont depuis longtemps déjà quitté la scène: Anna Laguna en effet a fêté ses soixante ans il y a un peu plus de six mois... Hâche qui, comme son nom l'indique, met en scène un bûcheron et son outil de travail, est l'histoire un peu triste d'un vieux couple séparé par les aléas de la vie et tiraillé par la nécessité de travailler durement pour subvenir à ses besoins. Une histoire poignante, trop réelle de nos jours, qui met en avant la profonde humanité de son auteur." Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de montrer la danse, mais la vie à travers des situations humaines", confiait dernièrement le chorégraphe au Figaro.

Seconde pièce de la soirée, Solo for two qui date de 1996, une œuvre créée initialement pour Sylvie Guillem sous le nom de Smoke, interprétée ici par Dorothée Delabie que l'on a pu voir notamment au Ballet de l’Opéra National de Lyon (et qui a aussi été l'interprète de la Giselle de Mats Ek), avec, comme partenaire, Oscar Salomonsson du Royal Swedish Ballet de Stockholm. A nouveau l’évocation d’une rencontre amoureuse pleine de tendresse mais qui ne se concrétisera pas, restant à l’état de rêve, œuvre réglée sur une poignante partition d’Arvo Pärt, Pour Alina, Miroir dans le miroir. Ces deux ballets reflètent parfaitement toutes les caractéristiques du style si particulier de Mats Ek, à mi chemin entre la danse classique et la danse contemporaine, avec sa gestuelle anguleuse et cassée, souvent caricaturale, ses corps ployés, recroquevillés, pelotonnés sur eux-mêmes ou cambrés vers l’arrière, ses déplacements au ralenti, genoux pliés, bras tendus, suppliants, prolongés à l’infini, chargés d’une émotion incommensurable…

La plus étrange de ces pièces était peut-être un ballet sur l’absurdité de notre monde donné en ouverture de soirée : créé en 1994 sur le sombre quatuor à cordes N° 2 de Gorecki, She was black était interprété par onze artistes du Semperoper Ballett de Dresde, Mats Ek n’ayant plus de compagnie depuis 23 ans.

Voilà un spectacle qui restera par conséquent gravé dans les mémoires, car marqué par les adieux émouvants du couple le plus célèbre de la danse suédoise d’aujourd’hui. Une page de l’histoire de la danse vient en effet de se tourner.

J.M. Gourreau

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She was black - Photo Costin Radu Sempero

From Black to Blue (She was black, Solo for 2 & Hâche) / Mats Ek, Théâtre des Champs Elysées, du 6 au 9 janvier 2016.

 

Mats EK/ From Black to Blue / Théâtre des Champs Elysées / Janvier 2016

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