Maud Blandel / Diverti Menti / Une analyse pour le moins originale du 3è divertimento de Mozart

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Maud Blandel :

Une analyse pour le moins originale du 3è divertimento de Mozart

Maud blandel 02Ne vous attendez pas à voir une traduction chorégraphique du divertimento de Mozart K136 en ré majeur pour quatuor à cordes, encore que…  Si cette œuvre est bien le point de départ du travail de la chorégraphe suisse Maud Blandel, il est bien difficile de reconnaître les sonorités de ce célèbre divertimento composé par Mozart à l’âge de 16 ans, sinon juste à la fin de la pièce. Le rideau s’ouvre sur une danseuse, Maya Masse, entourée des trois musiciens de l’ensemble Contrechamps de Genève. Or, curieusement, les instrumentistes disposés en arc de cercle sur le plateau ne sont pas ceux d’un quatuor à cordes à l’image de celui prévu par Mozart mais y figurent un pianiste, un guitariste et un tubiste (joueur de tuba), le quatrième étant matérialisé par une jeune femme dont le corps va entrer en résonnance avec les accents musicaux égrenés par les musiciens. Quant aux phrases mélodiques interprétées par les 3 musiciens précités, ce ne sont nullement celles de la partition mozartienne originale mais des phrases atypiques issues de sa décomposition puis de sa recomposition fragmentaire. Celles-ci entraînent la danseuse, les yeux clos, dans une danse giratoire aussi délicate que sensuelle, faite de petites touches plus ou moins répétitives, enjouées, pleines de gaieté et d’humour, d’où le nom de Diverti menti donné à l’œuvre par son auteure, terme italien que l’on peut traduire par "divertissements". Inscrite dans un pentagone central, sa danse, mouvement de flux et reflux entre le guitariste et le pianiste, est d’une légèreté incomparable, qui n’enlève rien à sa précision. Une danse sautillée évoquant parfois la tarentelle, danse du sud de l’Italie qui, selon les croyances locales, permettait de guérir des morsures causées par la tarentule…

Le premier moment de surprise passé, on peut se demander la raison d’un tel chambardement. A la fin de la partition originale, nous dit Maud Blandel, "il y a un symbole qui signifie la répétition et renseigne sur la fonction que remplissait cette musique : elle était jouée pendant les dîners mondains ; elle devait inspirer légèreté et gaieté, durer jusqu’à ce que la fête s’achève. Cela nous a fourni un premier principe de composition : la répétition, le temps qui s’étire". On comprend dès lors mieux que la pièce originale, d’une durée de 12 minutes, puisse atteindre, une fois étirée et recomposée, une durée d’une heure ! Ce texte pourrait en outre aussi expliquer les petites piques de légèreté, d’ironie et de malice dont la partition chorégraphique est truffée. Par ailleurs, Halbreich Harry, dans le Guide de la musique de chambre de Tranchefort,* écrivait que ces Divertimenti de Mozart "sonnent d’ailleurs mieux à l’orchestre, auquel semblent les destiner leur écriture, leur caractère, et jusqu’à leur titre. (…) Ce sont des pages charmantes et pleines d’invention, curieusement à cheval entre deux domaines de la musique instrumentale." Peut-être faut-il y voir là l’origine de cette transcription ? Toujours est-il que Maud Blandel a travaillé durant plusieurs mois sur le corps de Maya Masse pour traduire les notes en mouvements. "Les rondes, les blanches et les croches sont devenues des bonds, des élancements ou des voltes," nous dit-elle. Et l’on pourrait rajouter "tout en en conservant leur expressivité et l’esprit enjoué de Mozart" !

Cette approche fort originale, tant au niveau de la partition musicale que de sa transcription chorégraphique, s’avère plus qu’une relecture, une véritable réadaptation pour notre époque d’un chef d’œuvre du 18è siècle qui a su déjouer la marche du temps.

J.M. Gourreau

Diverti Menti / Maud Blandel, Théâtre de la Bastille, du 24 au 27 novembre 2021.

Oeuvre créée en janvier 2020 à L'Arsenic de Lausanne et présentée les 2 et 13 octobre derniers au Carreau du Temple à Paris.

*Halbreich Harry, in François-René Tranchefort (direction), « Guide de la Musique de chambre », Fayard, Paris 1998, p. 634.

 

Maud Blandel / Diverti Menti / Théâtre de la Bastille / Novembre 2021

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