Maud le Pladec / Professor / Quand la musique se fait danse

professor-02-ph-caroline-ablain.jpgMaud le Pladec :

 

Quand la musique se fait danse…

 

Vous est-il déjà arrivé, à l’écoute d’une musique particulièrement poignante, de vous laisser transporter par elle jusqu’à entamer une gestuelle involontaire et débridée, dans la plus grande liberté, gestuelle chorégraphique dictée par le ressenti de votre âme pour cette mélodie ? C’est très précisément l’impression que nous donnent les premières minutes de Professor, pièce de Maud le Pladec, séduite, voire conquise par la partition éponyme, Professor bad trip, du compositeur italien contemporain Fausto Romitelli. Une musique abstraite, folle et désordonnée, n’évoquant rien de vraiment particulier mais aux sonorités riches, inspiratrice tantôt de mouvements amples et larges, d’envols gracieux, de dérapages et de chutes contrôlés, tantôt d’une gestuelle électrisante, impulsive, incisive, plus brutale et plus saccadée, tantôt de cassures et de torsions tarabiscotées lorsque les sons deviennent grinçants et discordants. Jusque là, rien de vraiment étonnant, si ce n’est la découverte d’une oeuvre musicale fort originale qui peut aisément inspirer aux interprètes dans le corps desquels ses sonorités pénètrent ou sur lesquels elles rebondissent une gestuelle particulière mais parfaitement adaptée.

Peu à peu cependant, de nouvelles émotions jaillissent du corps des danseurs, comme s’ils s’emparaient de la musique, la démultipliaient, voire la devançaient. Les mouvements dérivent, sortent de leur cadre jusqu’à devenir fulgurance. Leur intensité, leur précision deviennent plus prégnantes, leur force plus percutante, exerçant une sorte de fascination hypnotique sur les spectateurs. Impression renforcée par le fait que le musicien, après avoir confié sa mélodie à l’électronique, s’est joint aux deux danseurs.

Leur corps donne alors l’impression d’amplifier la mélodie préexistante, de la colorer et de la faire vibrer, de la traduire physiquement, voire de la produire, comme s’il était lui-même devenu un des instruments de l’orchestre. Etonnant, non ?

J.M. Gourreau 

professor-01-ph-caroline-ablain.jpg

Photos Caroline Ablain

Professor / Maud le Pladec, Nouveau théâtre de Montreuil, du 3 au 18 décembre 2012.

 

Maud le Pladec / Professor / Nouveau Théâtre de Montreuil / Décembre 2012

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau