Maxence Rey / Le Moulin des tentations / Les démoniaques créatures de Saint-Antoine

Bosch la tentation de st antoine

La tentation de Saint-Antoine / Jérôme Bosch - Musée de Lisbonne

 

Maxence Rey:

Les démoniaques créatures de Saint-Antoine

 

C'est à nouveau dans l'univers du surréalisme que nous plonge Maxence Rey avec Le Moulin des Tentations, une création violente et crue, directement inspirée par les diverses et nombreuses Tentation de Saint-Antoine, qu'elles soient littéraires ou picturales, celles de Jérôme Bosch bien sûr mais aussi celles d'autres peintres, depuis la fin du Moyen-âge jusqu'à Dali. Un monde très proche aussi des scènes de la vie quotidienne villageoise dépeintes par Bruegel ou Téniers, entre autres La kermesse ou noce de village de Rubens, lesquelles ont également fortement influencé la chorégraphe.

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Le Moulin des Tentations / M. Rey

S'il est un thème adulé par les surréalistes, c'est bien celui de Saint-Antoine et de ses tentations : d'après la légende, ce saint, retiré dans le désert d'Egypte, y a subi la tentation du Diable sous la forme de visions des voluptés terrestres. Ce sujet est à l'origine de fort nombreuses œuvres littéraires ou artistiques, en particulier picturales: outre le célèbre tryptique de Jérôme Bosch (1501) conservé au musée de Lisbonne et son tableau du même nom (1491) au Prado, on relève une bonne vingtaine de tableaux ou dessins d'autres maîtres inspirés par ce thème, entre autres le rétable de Matthias Grünewald (1516) conservé au Musée Unterlinden à Colmar, le tableau de Brueghel l'Ancien (1557) hébergé par la National Gallery of art de Washington, l'eau forte de Jacques Callot (1617) à la B.N.F. et, plus près de nous, les peintures de Paul Cézanne (1877), Max Ernst (1945), Paul Delvaux (1945) et Salvador Dali (1946). Plusieurs musiciens se sont également inspirés de ces récits, en particulier Michel de Ghelderode et Louis de Meester (1932), Werner Egk (1952), Luis Jaime Cortez (1999) et Bernice Johnson Reagon (2005), sans compter les cinéastes (Georges Méliès en 1898 et Vincent-Lorant Heilbronn en 1906), de même que des écrivains (Prosper Mérimée en 1825, Gustave Flaubert en 1874, ainsi d'ailleurs que le poète et essayiste contemporain Michel Ménaché). C'est dire si les sources d'inspiration pour la chorégraphe étaient nombreuses et variées.

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La kermesse ou noce de village / Rubens

 

 

      La tentation de Saint-Antoine / S. Dali

 

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La tentation de Saint-Antoine / Jacques Callot (détail)

Ce que Maxence Rey a cherché à mettre en avant, ce sont davantage les tourments éprouvés par ce personnage que les ambiances dans lesquelles il pouvait se trouver et évoluer. D'où une scénographie sobre et épurée, transposée dans un univers neutre éliminant soigneusement tout artifice, mettant l'accent sur les sentiments, les pulsions et les affres éprouvés par Saint-Antoine - et nous-mêmes par de là son image - en prise avec ses (nos) démons. Autre procédé également utilisé par la chorégraphe, la démultiplication du personnage, entre autre par des face-à-face avec sa propre image, afin de mieux faire ressortir la puissance et la véhémence des sentiments, des tensions, des forces du mal qui, par moments, nous étreignent sans répit. Si ces sentiments s'exprimaient tant par les attitudes que par les mimiques - rictus, sourires pincés, expressions de peur ou de douleur, d'inquiétude ou d'aversion - ils se manifestaient aussi viscéralement par de violentes pulsions saccadées de l'abdomen qui affectaient l'être tout entier, le conduisant peu à peu vers la déchéance, tant physique que morale, dans un sabbat délirant mais libérateur.

J.M. Gourreau

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Le moulin des tentations / Maxence Rey

Photos J.M. Gourreau

Le Moulin des Tentations / Maxence Rey, Atelier de Paris Carolyn Carlson, 5 et 6 février 2016, en coréalisation avec le Festival Faits d'hiver.

 

 

Maxence Rey / Le moulin des tentations / Atelierde Paris Carolyn Carlson / Février 2016

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