Meredith monk / Girlchild revisited / Une nostalgie indicible

Photo J.M. Gourreau

Meredith Monk – Carolyn Carlson

 

Une indicible nostalgie

 

Il aura fallu l’invitation de son amie et compatriote Carolyn Carlson pour que l’on puisse revoir ce monstre sacré dont les apparitions en France se font aujourd’hui extrêmement rares. Meredith Monk fait en effet partie de ces « performers américains ».qui ont révolutionné l’art chorégraphique aux Etats-Unis par des spectacles polymorphes et minimalistes, faisant intervenir la poésie et le chant. Créé au printemps 1972 au House Loft à New York, son solo, Education of the Girlchild, revisité en 2008, n’a pas pris une ride depuis sa première apparition sur scène.

Le rideau se lève sur une vieille femme de blanc vêtue, assise sur une estrade, immobile, comme désespérée. Tournant son visage vers la salle, son regard se fait implorant : elle sent venir la mort. Le silence est pesant. Quelques notes mélancoliques égrenées d’un piano l’enjoignent à se lever. Les gestes sont lents, mesurés, précautionneux, non spectaculaires. Une plainte nostalgique s’exhale de ses lèvres. Un large chemin d’une blancheur immaculée s’ouvre à elle : après avoir ôté son tablier et défait ses cheveux, elle l’emprunte, semblant avoir retrouvé la joie de vivre, revivant son passé, remontant le chemin de la vie. Cette pièce légendaire révèle bien la philosophie de cette adepte du bouddhisme : la vie n’est qu’un éternel recommencement, éthique que Béjart avait également faite sienne.

Ce n’est pas tant sa gestuelle qui fascine mais son être tout entier, duquel transparaît une nostalgie indicible, une poésie mystique empreinte d’une très grande émotion. « Mes spectacles sont de l’ordre du sacré, du spirituel »  a t’elle d’ailleurs coutume de dire. En fait, si l’on essaye d’analyser, à l’issue de la représentation, ce qui nous a si profondément touché, on s’aperçoit que la musique aussi in temporelle que son auteur - la chorégraphe elle-même - des vocalises minimalistes plus ou moins répétitives enivrantes et propres à la méditation, nous ont embarqué dans un autre monde, son propre univers intérieur, ce dont elle a sans doute parfaitement conscience, comme elle s’en expliquait récemment dans un français impeccable: « la voix peut-être comme le corps. J’ai trouvé toutes sortes de façons de mettre en mouvement ma voix ». Girchild revisited, œuvre aussi mythique que la chorégraphe, méritait bien en tout cas d’ouvrir cette nouvelle édition du festival June events de Carolyn Carlson.

J.M. Gourreau

Girchild revisited / Meredith Monk, Festival June events, Cartoucherie de Paris, Juin 2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

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