Mette Ingvartsen / 7 pleasures / Eloge de la nudité

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Photo Marc Coudrais

 

Mette Ingvartsen :

Eloge de la nudité

 

Mette ingvartsen photo kerstin schrothQuel est le sens précis du message que tente de nous délivrer la chorégraphe danoise Mette Ingvartsen (photo ci-contre) au travers de sa dernière œuvre, 7 Pleasures, qui livre à nos regards concupiscents 5 danseurs et 7 danseuses lascifs dans la plus stricte tenue d'Eve et d'Adam durant 1h30 ? Certes, ils sont jeunes, ils sont beaux, ils se meuvent sur le plateau avec une aisance non feinte, ils ont un sex-appeal indéniable, nous autorisant à les admirer sous toutes les coutures. Et ce, sans provocation aucune, sans même une once de vulgarité, encore moins de pornographie. Avec un naturel, une ingénuité et une spontanéité étonnants. Est-ce pour autant suffisant ?

C’est peut-être le début de l’œuvre qui s’avère le plus saisissant : les 12 danseurs disséminés dans les gradins se levant un à un pour se dévêtir sur place avec un calme olympien avant de gagner, nus, le plateau, abandonnant sur les fauteuils leurs vêtements. "Il ne s'agit plus de la représentation de la nature mais de celle du corps nu - et du statut politique du corps nu, nous dit la chorégraphe. (...) J'ai essayé de poursuivre ma réflexion sur la manière dont le corps se connecte à son environnement. (...) Dans la société contemporaine, tout est hyper-sexualisé, en premier lieu la publicité qui fonctionne sur le désir, qui vend le plaisir de la crème glacée plus que la crème glacée elle-même"... Il est vrai que, dans un tel contexte, les rapports au corps nu que l'on peut avoir s'avèrent bien évidemment différents de ceux que l'on aura dans un rapport sexuel, voire même de ceux que l'on pourra par exemple éprouver lors d'une immersion dans un camp naturiste. En fait, l’œuvre, basée sur les plaisirs connectés aux 7 péchés capitaux, s’avère davantage sociale que politique : tout au long du spectacle, les corps qui ont perdu leur identité pour former une masse grouillante larvée s’érigeant petit à petit en sculpture, vont établir entre eux toutes sortes de contacts, ramper et rouler les uns sur les autres, se chevaucher, se tester, s’explorer, s’étreindre, s’interpénétrer, voire fusionner en toute innocence dans un mouvement lent et continu, en perpétuelle mutation. Les corps enchevêtrés déferlent comme une vague en englobant tout sur leur passage, sofa, table, chaise, voire même plante d’appartement… Une quête sous-jacente mais non réellement exprimée du plaisir, dans une vibration commune en constante évolution. Un travail intéressant sur les sensations et le désir plus que sur la nudité mais qui, toutefois, pêche par sa trop grande longueur.

J.M. Gourreau

7 pleasures / Mette Ingvartsen, Centre Pompidou, 18 – 21 novembre 2015, dans le cadre du 44ème Festival d’automne à Paris.

 

 

Mette Ingvartsen / 7 pleasures / Centre Pompidou / Novembre 2015

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