Michel Hallet-Eghayan / Le chant de Karastan / L'âme de l'Arménie

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Photos H. Ponchon de Saint-André

Michel Hallet-Eghayan:

L'âme de l'Arménie

 

Voilà un chorégraphe qui ne met pas ses pieds dans le même chausson et que l'on aimerait voir plus souvent dans notre capitale. Ses dernières venues dans à Paris datent de mars 1991 à Beaubourg où il présenta son remarquable Hommage à Kandinsky, de novembre 1998 à l’Institut du Monde Arabe avec la création Mer-Miroir, de janvier 2005 au Théâtre du Lierre avec Le danseur de la Lune … puis de juin 2005 à la Cité des Sciences et de l'Industrie où il proposa Danser avec l'évolution, une conférence dansée avec le paléoanthropologue Pascal Picq qui remporta un grand succès. Cette dernière fut à nouveau présentée sous une forme déambulatoire originale dans la Galerie de l’Evolution du Muséum d’Histoire Naturelle en novembre 2008.

Michel Hallet-Eghayan, co-fondateur de la Maison de la Danse à Lyon, créa son Chant de Karastan il y a maintenant 22 ans à la demande de Bernard Faivre d'Arcier pour le Festival d'Avignon. Or cette œuvre en trois parties, d'une très grande richesse tant sur le plan chorégraphique que philosophique, recréée cette année dans le cadre des commémorations du Centenaire du génocide des arméniens de 1915-1916, n'a pas pris une ride ! Il faut avouer cependant que Anamorphose, le dernier volet de cette remarquable pièce, qui s’est substitué au très beau Le tablier brodé de ma mère présenté en 1993 a été entièrement créé sur la base de ce que Michel Hallet-Eghayan qualifie de « Composition Vivante », gagnant ainsi en force expressive et en puissance. Plus question désormais de la vie tragique du peintre Arshile Gorky qui, se sachant atteint d'un cancer, se suicida par pendaison à l'âge de 44 ans à la suite de la disparition d'une grande partie de son œuvre dans un incendie, mais du massacre du peuple arménien par Abdul Hamid au cours duquel les deux tiers des Arméniens qui vivaient alors sur le territoire actuel de la Turquie (1.500.000 personnes environ), périrent du fait des déportations, famines et exterminations.

Le plus étonnant dans l'histoire, c'est que Michel Hallet-Eghayan n'est pas né en Arménie, n'y a que fort peu mis les pieds et ne parle pas l'arménien. Pour quelle raison s'est-il entiché de ce pays ? Peut-être tout simplement en mémoire de sa grand-mère, Tachoui Eghayan, dont il a d'ailleurs rajouté le nom au sien. Toujours est-il que Le Chant de Karastan, composé de trois pièces "à la fois autonomes et liées qui font fil à la conscience pour nous mener à la source de quelques uns des mythes fondateurs d'un peuple et pour nous faire partager quelques élans de sa culture" est une œuvre d’une très grande richesse qui fait honneur à son auteur.

La première des pièces qui la composent, Le livre de Van, nous conduit sur les traces de l'essence des mythes fondateurs de ce pays (Karastan signifiant en arménien « Pays des pierres »), tout d'abord vers le mont Ararat, sommet le plus élevé de la Turquie, ex Arménie occidentale où se serait posée l'arche de Noé après le déluge. Vient ensuite le mythe de l'alphabet arménien né des gracieuses ellipses des poissons dorés sautant hors de l'eau, donnant lieu, sur le plan chorégraphique, à une écriture fort originale de délicates et élégantes arabesques du torse et des bras ; cette pièce se conclut par le mythe de l'Eglise géométriquement chorégraphié sous la forme d'un cercle dans un carré qui éclate, symbolisant la croix du Christ laissant entrevoir les chemins de l'éternité. Une œuvre signifiante, très sophistiquée, d’une construction rigoureuse et d'une facture très contemporaine, fluide et électrisante, évoquant parfois l'écriture de Merce Cunningham, tout en étant très calquée sur la partition musicale d'Arno Babadjanian.

D'une facture analogue, la seconde de ces trois pièces, Les oiseaux de neige, nourrie d’un folklore imaginaire, évoque cette fois davantage l'âme et la ferveur de ce peuple qui exaltera sa joie de vivre dans (et malgré) son malheur, soutenu par les rythmes primesautiers de Gérard Maimone.

La dernière de ces pièces, Anamorphose, est sans doute la plus grave et la plus aboutie de toutes, d’autant qu’elle est magistralement sous-tendue par les courbes lumineuses épurées d’Edouard Lévine qui font écho à la partition aérienne du compositeur lyonnais Henri-Charles Caget. Interaction fluctuante au fil du temps entre l'Homme et son territoire, elle révèle les affres de ce peuple aux prises avec ses errances et ses indécisions. Une œuvre dans laquelle il faut se laisser couler pour entrevoir toute la richesse d’un peuple encore un peu méconnu en occident.

J.M. Gourreau

Le chant de Karastan / Michel Hallet-Eghayan, Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie de Vincennes, 11 et 12 septembre 2015.

 

Prochaines représentations : - 29 et 30 novembre 2015, Les Echappées Belles, Lyon

                                              - 4 décembre 2015, Théâtre Doisneau, Meudon-la-forêt

Michel Hallet-Eghayan / Le chant de Karastan / Théâtre de l'Epée de bois / La Cartoucherie / Septembre 2015

Commentaires (1)

1. ROLLET Thierry (site web) 15/09/2015

Bonjour,

Si vous souhaitez découvrir cette pièce et les autres créations de la Compagnie en tournée cette saison, mais également notre Ecole, notre formation professionnelle ou la programmation de notre théâtre aux Echappées Belles à Lyon, n'hésitez pas à nous retrouver sur le site de la Compagnie : www.ciehalleteghayan.org

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