Michel Onfrey et Carolyn Carlson / Le recours aux forêts / La forêt salvatrice

 

                                                                                                                                           Photo T. Jeanne-Valès

 Michel Onfray et Carolyn Carlson :

 

 

 

 

La forêt salvatrice

 

 

Il est rare que, dans un spectacle qui allie théâtre, musique et danse, ce soit la scénographie qui prenne le pas. Pourtant, l’impression qui reste à l’issue de la pièce de Michel Onfray, Le recours aux forêts, c’est avant tout celle d’une mise en scène d’une originalité et d’une beauté à vous couper le souffle. Non que le texte ou la chorégraphie soient éclipsés mais c’est la force d’images tellement inhabituelles sur un plateau de théâtre qui prend le pas sur les autres arts de la scène.

Dès les premières minutes du spectacle en effet, le spectateur est plongé dans un univers à la Edgard Allan Poe, mystérieux, sombre et ténébreux, évoquant les contrées brumeuses et marécageuses des landes écossaises. Celles-ci sont le refuge d’un homme solitaire, errant dans une forêt de saules nains dont les branches semblent vouloir l’agripper et le retenir à chacun de ses pas. Effet fantasmagorique encore accentué par une vision en 3 D obtenue grâce à des lunettes distribuées aux spectateurs avant leur entrée dans la salle. On n’est pas loin du célèbre Erlkönig (Roi des Aulnes) de Goethe, ce personnage de la littérature allemande issu de la mythologie scandinave chevauchant dans le brouillard déchiré par les aulnes et tenant son enfant mourant dans ses bras. Mais ce qui plus étonnant encore est que l’on va bientôt s’apercevoir, lorsque les brumes se dissiperont, que ce personnage spectral sur scène, en l’occurrence Démocrite, évolue effectivement les pieds dans l’eau, la scène étant transformée en un vaste marécage coloré d’une dizaine de centimètres de profondeur.

L’œuvre évoque la tentation de ce philosophe grec qui, après avoir parcouru quelque peu notre vaste monde, décida de terminer sa vie dans une forêt profonde,  à l’écart de tous, après avoir côtoyé les turpitudes humaines, et constaté que, malheureusement, leur progression était inéluctable. Il est difficile de dire si le havre de paix dans lequel il trouva refuge au sein d’un vaste marécage était un endroit de rêve mais ses eaux, prenant tour à tour quasiment toutes les couleurs de l’arc en ciel ou celles du sang, étaient d’une réelle beauté.

La chorégraphie de Carolyn Carlson pour Juha-Pekka Marsalo, alias Démocrite, s’adapte parfaitement à l’esprit de l’œuvre. Ce danseur d’origine finnoise qui a travaillé avec Carolyn Carlson et Wim Vandekeybus possède à la fois la fluidité de Carolyn et la trempe de Vandekeybus, ce qui s’avère en parfaite adéquation avec la force du personnage charismatique qu’il interprète. Hésitant et comme perdu au début de l’œuvre, il fera preuve par la suite d’une très grande détermination devant son impuissance à pouvoir sauver le monde. « J’en sais assez pour haïr les hommes, dit-il, mais je ne parviens pas à les haïr (…) La folie des hommes ne mérite pas qu’on pleure (…) C’est l’heure du recours aux forêts. Je veux passer le restant de mes jours en ma compagnie »…

J.M. Gourreau

 

Le recours aux forêts / Michel Onfrey, Chorégraphie de Carolyn Carlson, Musique de Jean-Luc Therminarias, Mise en scène Jean-Lambert Wild, Vidéo de François Royet, L’Avant-Seine, Théâtre de Colombes, Février 2011.

 

Commentaires (2)

1. Michèle (site web) 15/02/2011

Dommage que vous n'ayez pas cité le nom du metteur en scène : Jean Lambert-wild... sans qui ce spectacle n'existerait pas.

2. Michèle Barry-Bénard (site web) 15/02/2011

je voulais aussi vous signaler que c'est la vidéo qui est de François Royet et non pas la scéno.
plus d'infos sur le spectacle sur
www.comediedecaen.com
rubrique : Productions / Ecmnésie / Le Recours aux forêts.
Merci de bien vouloir en prendre note.
En dehors de ces oublis, merci pour votre superbe article.
Cordialement.

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