Michel Schweizer /Ôqueens / Déjanté mais pas suffisamment...

  

Michel Schweizer :

 

    

Déjanté mais pas suffisamment…

 

                                                               

                                                                                                         Photos J.M. Gourreau

Le spectateur est convié à l’orée d’une sorte de laboratoire dans lequel l’attend un bouledogue. Sur le mur du fond est projeté le film d’une pelleteuse défonçant un champ puis rebouchant les trous que son conducteur vient de faire, tandis que ce dernier, la mine réjouie, évoque en allemand le bien être que ce « travail » lui procure… Sur le plateau, deux hommes, dont l’un est cagoulé de noir comme un bandit de grand chemin, vont et viennent, sans trop savoir comment s’occuper. L’un d’eux saisit le chien, le place sur une petite table métallique où se trouve une caméra qui retransmet l’image en gros plan de la tête de l’animal sur un écran situé juste au dessus. Puis il intime à son compagnon l’ordre de terminer la pose d’un dallage trapézoïdal noir situé au fond de la salle. Arrive alors une femme un peu délurée qu’il présente avec ces mots : « Ceci n’est pas une pipe » ! On nage en plein délire magrittien.

En fait, l’œuvre fait appel à cinq personnages, tous bien typés, dont les relations, ambiguës seront caricaturales, dominatrices ou conflictuelles. On va très vite s’apercevoir que cette femme est une ancienne strip-teaseuse refoulée. Si elle semble dominatrice et bien à l’aise, sa prestation n’en va pas bien loin pour autant, et l’honneur reste sauf. Le second personnage du sexe faible est une danseuse classique un tantinet hystérique qui va entamer une danse folle en diable accompagnée par le chant fort mélodieux, il faut le souligner, de l’homme masqué qui va se révéler esclave à sa botte … Quant au troisième personnage féminin, une culturiste exhibitionniste, ses relations avec les autres protagonistes semblent plus lointaines, si ce n’est la confrontation de son corps avec celui des deux autres femmes.

L’originalité de ce travail réside donc dans la juxtaposition de ces cinq personnages, à priori totalement étrangers les uns aux autres. Leurs points communs, pour la gente féminine l’exhibitionnisme et le besoin de dominer et, pour les hommes, la complaisance dans la domination. Quant au chien ou, plutôt, aux chiens car il y en a deux, on a voulu leur faire jouer - comble de la déchéance pour l’Homme - le rôle de juge-arbitre des comportements humains en leur prêtant la parole par une voix off…

Si l’idée est intéressante, l’auteur de cette pièce n’est toutefois pas allé assez loin dans la démesure et la folie. Les surréalistes avaient déjà abordé ces thèmes d’une manière plus étonnante, moins imagée, il est vrai, il y a une bonne cinquantaine d’années. Le maître de cérémonies, trop placide, est resté un peu mièvre dans son rôle, la strip-teaseuse aurait pu se livrer à un vrai et provoquant strip-tease, et la culturiste à une véritable démonstration de force dominatrice et ravageuse. Seul le chanteur, à l’aise dans son rôle, a réellement surpris. Dommage, on est resté un peu sur sa faim !

 

J.M. Gourreau

 

Ôqueens (a body lab) / Michel Schweizer, Théâtre de la Cité internationale, Paris, Février 2010.

 

 

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