Michèle Anne de Mey / Conte d'hiver impressionniste / Théâtre de Chaillot

  Michèle Anne de Mey :

 

Conte d’hiver impressionniste

 

 

Ne cherchez pas d’histoire : il n’y en a pas. De la neige, en revanche, il y en a, et même beaucoup, car elle tombe légère et dru, quasiment sans discontinuer, durant les 75 minutes que dure cette œuvre. C’est d’ailleurs cela qui fascine de prime abord le spectateur : la scénographie et les effets spéciaux sont tellement magiques que l’illusion est parfaite.

Plus qu’un ballet, c’est un spectacle féerique, fantasmagorique, une vision du plus pur romantisme qui nous est donné de voir. Celle d’une nature rebelle par moments déchaînée au sein de laquelle l’Homme n’est qu’un jouet et qui, en fait, ne récolte que ce qu’il a semé.

Le rideau se lève sur une vision apocalyptique d’avalanche balayant tout sur son passage. Le calme revient avec le soleil perçant la brume dans un effet d’aurore boréale. Mais la trêve sera de courte durée, les nuages déversant bientôt leur neige à gros flocons. Le réalisme est saisissant. C’est grâce à un jeu d’effets que ne renierait pas un Philippe Genty que l’Homme prend place dans cet univers : Malmené et ballotté en tous sens par les bourrasques de vent, il aura bien de la peine à survivre. Face aux éléments en furie, il apparaît perdu dans ces magnifiques mais terrifiantes immensités glacées, tant et si bien qu’il en passe presque au second plan. Mais lorsque l’œil se détache de la tourmente pour se poser sur lui, alors la danse, un peu le parent pauvre de l’œuvre, apparaît le reflet parfait des actions qui animent les personnages - jeux, bagarres, luttes -  magnifiquement soutenus par le second mouvement de la 7ème symphonie de Beethoven. Par moments même, leurs sentiments transparaissent, amours, peurs, joie de fouler cette neige, d’y tracer des dessins…

Si, au départ, Michèle Anne de Mey avait dans l’idée de mettre en scène un conte de fées pour petits et grands, lequel aurait pour thème principal la nature et ses éléments déchaînés, c’est sa rencontre avec la décoratrice Sylvie Olive - qui s’est illustrée tant à la télévision qu’au cinéma - et l’éclairagiste Nicolas Olivier qui en ont été le réel déclic et les véritables artisans du spectacle.

Comme dans tout conte qui se respecte, s’il y a des moments paisibles et d’une grande force expressive, il y a aussi des moments effrayants. Bien que l’on n'y trouve ni sorcière ni ogre, les personnages qui évoluent dans cet univers ne sont pas tendres envers eux-mêmes, et les faibles sont impitoyablement éliminés. Ainsi peut-on voir, avec un réalisme saisissant, une femme déchiquetée par ses congénères comme des chiens se disputant un morceau de viande... Et la Mort sera plusieurs fois au rendez-vous, notamment à la fin de l’œuvre. C’est peut-être ce qui choque un peu dans cette très belle pièce car les motivations des personnages ne sont pas toujours claires et leur propos parfois difficilement compréhensibles, voire admissibles, dans une telle ambiance de beauté.

 

J.M. Gourreau

 

Neige / Michèle Anne de Mey, Théâtre National de Chaillot, Janvier 2010.

 

Prochaines représentations : Douai, 2mars ; St Brieuc, 17 mars ; Dunkerque, 11 mai ; Amiens, 1er juin 2010.

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