Michèle Noiret / Palimpseste duo / La trépidante aventure d'un solo

Palimpseste 05 sergine lalouxPalimpseste 01 sergine lalouxPalimpseste 04 sergine laloux

Photos Sergine Laloux

Michèle Noiret:

La trépidante aventure d'un solo

 

L’expressivité de Michèle Noiret est réellement surprenante. Tellement même que sa gestuelle peut emmener ses spectateurs sur des pistes qu’elle n’avait pas nécessairement envisagées. Ainsi en est-il de Palimpseste Duo, une œuvre d'une richesse gestuelle et d'une expressivité étonnantes, à tel point d'ailleurs que sa lecture peut prêter à de multiples interprétations, et qu’il pourrait être intéressant de recueillir l'avis de sourds-muets à l'issue du spectacle, même si la chorégraphe ne fait pas appel au langage des signes…

A l'origine de l’œuvre, une passion immodérée de Michèle Noiret pour certaines partitions de Stockhausen, en particulier pour Tierkreis (zodiaque): Solo Stockhausen qui naquit, en 1997, de son besoin de comprendre et d’approfondir l’influence du compositeur sur son écriture chorégraphique, se voulait en même temps un hommage à ce musicien dont elle avait fait la connaissance à Mudra et avec lequel elle avait déjà créé Light. Elle reprendra Solo Stockhausen en 2004 et l’adaptera pour le septième art, à la suite de sa rencontre avec le cinéaste Thierry Knauff. Mais l’aventure de cette pièce très personnelle ne sera pas la dernière puisque la chorégraphe souhaita la transmettre à David Drouard, danseur d’exception, lui-même chorégraphe, tout en en faisant partager au public sa substantifique moelle : elle transforma alors son solo en duo, le rebaptisant Palimpseste Duo, à l’image des parchemins dont on a effacé l’écriture initiale pour la remplacer par une autre.

La trame chorégraphique de cette œuvre est bien sûr restée la même tout au long de son épopée, malgré les changements dus aux différentes adaptations, celle pour le cinéma notamment. Palimpseste Duo, s'avère désormais composé d'un premier solo différant peu de celui d'origine, puis d'un duo quasiment identique, faisant intervenir le maître et l'élève. Il est construit de manière circulaire sur douze mélodies évoquant les signes du zodiaque, six d’entre elles servant de base au solo et les six autres au duo, certaines de celles-ci étant volontairement à peine audibles de façon à mettre en avant la musicalité intrinsèque du geste et son expressivité propre. Celles-ci s'avéraient d'autant plus grandes qu'elles s'accompagnaient de mouvements des muscles du visage, des lèvres et des yeux. On aurait juré avoir devant soi un tout jeune enfant scrutant avec grand intérêt les mille et une choses qui l’entouraient, se posant moult questions sur son environnement et s'émerveillant à chaque découverte... Cette diversité d'états se traduisait par une gestuelle certes alambiquée mais étonnamment fluide, en parfait accord avec la musique lorsque celle-ci était présente. Il est bien compréhensible que la chorégraphe ait souhaité transmettre un tel bijou aux générations futures. Et, à ce titre, sa rencontre avec David Drouard s'avéra décisive. "J'ai tout partagé avec lui, les photos, les carnets de notes, le film et les partitions de travail avec Stockhausen" nous confie t'elle... Mais, plus qu'une connivence, c'est une véritable amitié, voire un réel amour qui semble s'être établi entre les deux artistes au fil de répétitions et qui transparait lors de la représentation de ce travail sur scène. Etait-ce une réalité ou une vue de l'esprit ? Peu importe ! Toujours est-il que la chorégraphe est parvenue grâce à son expressivité et son art à nous embarquer sur des chemins qui n'étaient pas ceux prévus à l'origine...

J.M. Gourreau

Palimpseste Duo / Michèle Noiret, Théâtre National de la Danse Chaillot, du 27 septembre au 8 octobre 2016.

 

Michèle Noiret / Palimpseste duo / Théâtre de Chaillot / Septembre 2016

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau