Miguel Gutierrez / Heavens What Have I Done / Totalement loufoque

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Photos J.M. Gourreau

Miguel Gutierrez :

Totalement loufoque...

 

On ne sait jamais trop à quoi s'attendre lorsque l'on pénètre dans la grande salle de spectacles du Centre Pompidou, le meilleur côtoyant souvent le pire. Ainsi en est-il pour Miguel Gutierrez: A peine l'artiste est-il arrivé sur le plateau, grimé comme un clown, qu'il s'adresse à son public en susurrant : "Salut, ma pièce a déjà commencé. Venez, venez vous installer sur la scène, vous y serez mieux pour partager le spectacle." Je ne sais s'il avait l'âme d'un prédicateur persuasif, toujours est-il que, tout de go, les spectateurs des premiers rangs, abandonnant leurs affaires personnelles sur les fauteuils, se lèvent et montent sur scène, bientôt suivis par les autres, tous les autres, si bien qu'en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, tous les spectateurs sans exception se retrouvent sur la scène, les plus timorés en arrière, les plus valeureux en avant, s'asseyant en demi-cercle autour du "maître," comme s'ils attendaient la bonne parole. C'est en fait un discours dadaïste auréolé d'œuvres sacrées de Vivaldi interprétées avec beaucoup de chaleur par Cecilia Bartoli que le prédicateur nous sert, une sorte de monologue baragouiné mi en anglais, mi en français. Il évoque pêle-mêle, non sans contradictions, le mal de dos de son copain français, les remèdes universels, le Banquet de Platon (dont il qualifia les participants de fils de putes assis autour de la table pour parler de leurs petits amis…), la politique française, le racisme; il commente aussi les papiers retrouvés dans le bureau de son grand-père, fait une allusion sarcastique à sa conception du spectacle, à la place de l'artiste dans notre société, à la manière de vivre dans le monde ou à celle de faire l'amour... And so on, pendant une bonne trentaine de minutes. Tout cela bien sûr à cent à l’heure en créant un foutoir indescriptible derrière lui, troquant ses habits de ville contre un costume bariolé, s'affublant d'une coiffe à la Marie-Antoinette et de faux cils démesurés, seyant d’ailleurs mieux, il est vrai, à son maquillage ! C’était tellement loufoque que bon nombre de spectateurs, bien qu'assis à même le sol, se tordaient littéralement d'un fou rire assez contagieux...

Bientôt cependant, une sorte de fièvre s'empare de lui et le voilà qui entame une danse de St Guy, avec moult grimaces, courses effrénées bien qu'éperdues, trébuchements et chutes sur des objets épars et contorsions de tout poil avant de terminer sur une note pathétique pleine de charme et de poésie... Il faut dire que la lénifiante partition de Vivaldi, qui avait l'heur de nous envoûter au début de la représentation, s'était muée petit à petit en un brouhaha totalement insupportable craché par des haut-parleurs en folie... Bref, une "performance" totalement déjantée, une comédie plus ou moins autobiographique et plus ou moins sincère, excentrique et irrévérencieuse mais attachante et bon enfant, relevant toutefois davantage de l'art du clown que de celui de la danse.

J.M. Gourreau

Miguel Gutierrez / Heavens What Have I Done, Centre Pompidou, 27 & 28 Février 2014.

Miguel Gutierrez / Heavens What Have I Done / Centre Pompidou / Février 2014

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