Miyoko Shida & Mädir Eugster / Balance 2009 / Hommage à Anzu Furukawa

              

 Photo M. Shida

Miyoko Shida & Mädir Eugster :

 

 

 

 

 

 

 

Quand la danse et le cirque se rejoignent

 

 

La juxtaposition de deux arts peut se révéler d’un très grand intérêt, comme viennent de nous le montrer Miyoko Shida et Mädir Eugster dans leur hommage à la chorégraphe de butô, Anzu Furukawa : Balance 2009 est en effet une pièce hypnotique, en fait un voyage de la naissance à la mort débutant par du théâtre dansé et terminé par un étonnant jeu d’équilibres aboutissant à l’élaboration d’un navire qui conduira les protagonistes de l’œuvre dans l’au-delà.

La pièce commence par l’irruption des ténèbres d’un Janus à deux têtes, la première est celle d’une vieille femme, Miyoko Shida, drapée dans une ample pèlerine sombre : quasiment aveugle, celle-ci cherche son chemin à l’aide d’un bâton noueux en tâtonnant pas à pas sur une chorégraphie très inspirée de l’art d’Anzu Furukawa. Ce sera d’ailleurs le seul passage qui se référera directement à elle. Petit à petit, cette femme se métamorphose  en une jeune fille alerte et gaie, l’autre face du Janus : sa gestuelle arrondie, généreuse, emphatique, extrêmement expressive n’a plus rien à voir avec la danse ténébreuse grave et calme, de style plutôt butô, de la vieille femme du début, que l’on aurait d’ailleurs pu prendre pour une sorcière.

Nouveau changement de style avec l’arrivée, cette fois, d’un personnage vêtu d’une robe de bure blanche, Mädir Eugster, portant un lourd fardeau de lames de bois de différentes dimensions qu’il va laisser tomber à terre. Puis, les reprenant une à une, de la plus petite à la plus grande comme on le ferait des aiguilles d’un jeu de mikado, il construit un assemblage entrecroisé de lames en équilibre, jusqu’à obtenir une sorte de charpente évoquant la coque d’un navire. L’étonnant, dans ce jeu, est la maîtrise et les prodiges d’adresse avec lesquels il réalise cet assemblage, qui, en fait, s’avère d’une précision extraordinaire puisque, à l’instar du mikado, le simple retrait d’une petite pièce ou, même, l’effet d’un courant d’air, voire d’un simple souffle, suffit à provoquer l’effondrement de la structure. Dans ce spectacle, la danse de Miyoko était un prélude à la performance du circassien, l’amenant à prolonger son parcours initiatique parsemé de métamorphoses.

Installée depuis 1997 à Paris, Miyoko Shida a travaillé avec divers chorégraphes parmi lesquels Peter Goss, Carolyn Carlson, Wayne Byars, le fils de Kazuo Ohno et, bien sûr, Anzu Furukawa. En 1999, elle rencontre Mädir Eugster, fondateur du « Rigolo Swiss Nouveau Cirque » : ensemble ils monteront un spectacle basé sur une chorégraphie d’Anzu qui triomphera en Italie et en Suisse. C’est une partie remaniée de ce travail qu’elle nous a présenté aujourd’hui.

 

J.M. Gourreau

 

Balance 2009 – Hommage à Anzu Furukawa / Miyoko Shida & Mädir Eugster, Espace Culturel Bertin Poirée, Paris, Novembre 2009

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