Montalvo - Hervieu / Orphée / Totalement magique

José Montalvo – Dominique Hervieu :

 

 

 

 

 

 

Totalement magique

 

 

Une heure trente de pur bonheur ! Mais ne cherchez pas trop l’histoire d’Orphée ou d’Eurydice, elle est noyée dans un délire artistique à la Dali, au sein d’un monde merveilleux peuplé d’une foultitude de créatures plus originales les unes que les autres et qui se situe… dans la plus belle capitale du monde, Paris en l’occurrence, avec ses ponts, ses quais et… ses bouquinistes ! C’est d’ailleurs chez l’un d’eux que commence l’histoire, un des danseurs étant, au cours de ses déambulations, tombé par hasard sur un livre évoquant cette légende sans âge…

Ce sont cinq fragments de ce mythe que José Montalvo et Dominique Hervieu ont choisi d’illustrer, bien sûr à leur manière, avec force effets vidéo, aux confins du réel et de l’imaginaire mais en prenant un soin tout particulier aux musiques de Monteverdi et de Gluck, comblant ainsi également les mélomanes les plus exigeants. Et c’est cela qui frappe l’admiration : non seulement l’art de Terpsichore - en l’occurrence le hip-hop avec lequel les deux chorégraphes sont désormais parfaitement familiarisés - est utilisé avec un grand bonheur et un parfait à-propos, mais aussi celui d’Euterpe, la pureté et la justesse des voix de Soanny Fay et de Sabine Novel notamment relevant du prodige. Un régal tant pour les yeux que pour les oreilles, auquel le théorbe de Florent Marie et le danseur-contre ténor Théophile Alexandre contribuent largement, il est vrai...

Mais revenons à la danse. Chaque nouveau spectacle de ces chorégraphes – metteurs en scène de génie apporte une nouvelle pierre d’une grande originalité à leur édifice. Dans Orphée, la nouveauté, judicieusement exploitée d’ailleurs, réside dans le fait d’avoir fait appel à un circassien sur échasses pneumatiques donnant la réplique à un hip-hopeur unijambiste. Leur agilité, leur légèreté, les prodiges de virtuosité et d’équilibre qu’ils déploient - les sauts et loopings arrière sur échasses notamment - laissent le spectateur littéralement scotché à son siège, le souffle coupé !

Comme à l’habitude chez les Montalvo-Hervieu, les images des danseurs, tous Orphée ou Eurydice à tour de rôle, hantent à la fois la scène et l’écran dans un rythme endiablé. Les univers oniriques entremêlés dans lesquels nous sommes conviés évoluent entre les abysses marins, notre bonne vieille terre et un éden peuplé d’une faune aussi étrange que variée, des chevaux qui s’asseyent sur un banc (c’est tout juste s’ils ne croisent pas aussi les pattes…), des ibis sacrés, un caméléon, un python molure qui vient chatouiller les orteils d’une danseuse (mais qui, soit dit en passant, ne pourra être cause de la mort d’Eurydice puisque sa morsure n’est pas venimeuse)… Or tout ce petit monde à la Jérôme Bosch fait de constants allers-retours entre le plateau et l’écran, dans une gaieté et une joie de vivre communicatives…

Un voyage merveilleux dans l’imaginaire, entre passion et violence. Une rencontre étonnante de tous les arts. On en ressort de la musique plein les oreilles et des images plein les yeux, fasciné, le cœur léger, comblé. Que peut-on demander de plus ?

 

J.M. Gourreau

 

Orphée / José Montalvo – Dominique Hervieu, Théâtre National de Chaillot, jusqu’au 19 juin 2010.

Prochaines représentations :

-         Amiens, 5 et 6 Octobre 2010

-         Brest, Le Quartz, 17 au 20 novembre 2010

-         Créteil, 1er au 4 décembre 2010

-         Maubeuge, Le Manège, 27 et 28 janvier 2011

-         Caen, 15 au 18 mars 2011

-         Vichy, 26 mars 2011

-         Grenoble, 6 au 16 avril 2011

-         Sceaux, 28 avril au 1er mai

-         Narbonne, 10 et 11 mai 2011

-         Lyon, 18 au 28 mai 2011.

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