Mort à Venise / John Neumeier, Théâtre du Châtelet, Avril 2008.

Ballet de Hambourg :

 

Drame wagnérien

 

Sa réputation n’est plus à faire. Le Ballet de Hambourg que dirige John Neumeier depuis 1973 est l’une des troupes les plus célèbres d’Europe. Nombre d’œuvres de ce chorégraphe sont au répertoire des plus grandes compagnies du monde. Si Mort à Venise, librement inspirée de la nouvelle de Thomas Mann, n’est pas un de ses ballets des plus connus, il reste tout de même un modèle du genre. Mieux que quiconque, John Neumeier sait en effet raconter une histoire : ses chorégraphies - et celle-ci en particulier - sont parfaitement lisibles, réalistes, et sans détails superflus. Il sait en outre s’entourer d’artistes – scénographes,  décorateurs, costumiers – qui ont le don de créer l’atmosphère juste, celle qui « colle » le plus étroitement possible à l’œuvre. Et l’un des mérites – et non des moindres – de Neumeier est d’avoir su construire un ballet dont la charge émotive ira crescendo au fur et à mesure du déroulement de l’œuvre, et d’avoir su garder le suspense tout au long de ce spectacle, exécuté par de fabuleux danseurs.

Mort à Venise est l’histoire d’un grand chorégraphe - lui même peut-être ? - passé maître dans l’art d’utiliser les bases classiques dans le ballet contemporain. Mais, comme tous les artistes, il doute, a peur d’échouer, et son travail s’en ressent. Frustré et épuisé, il part, suite à un mouvement d’humeur, pour Venise et y rencontre un jeune homme d’une beauté saisissante. En naît un amour platonique et une suite de pas de deux plus fascinants les uns que les autres, alors qu’une épidémie de choléra décime la ville. Le dernier adage qui verra la mort du chorégraphe sera, bien sûr, le plus poignant, d’autant  qu’il a été élaboré sur la transcription pour piano de La mort d’Isolde de Richard Wagner, exécutée de main de maître par la divine concertiste Elizabeth Cooper dont le jeu passionnel et passionné ajoutait sa note au réalisme dramatique de l’œuvre. Un grand moment d’anthologie.

 

                                                                                                                                                                 J.M. Gourreau

 

Mort à Venise / John Neumeier, Théâtre du Châtelet, Avril 2008.

Lorna Lawrie & Marlène Jöbstl / Cris échus

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