Mossoux - Bonté / Les corps magnétiques / Un indéfinissable parfum de mystère

 

Photo J.M. Gourreau

N. Mossoux – P. Bonté :

 

 

 

 

Un indéfinissable parfum de mystère

 

 

L’Homme descend du singe, c’est bien connu. Et s’il a pu acquérir des lettres de noblesse par sagesse en mettant ses talents au profit de la société, il lui arrive aussi de retrouver son instinct animal, sous l’emprise de l’alcool par exemple, jusqu’à en perdre tout discernement, toute faculté de jugement.

Le rideau se lève sur quatre femmes et quatre hommes, peut-être des couples, qui se retrouvent fortuitement entre amis, au cours d’une soirée bien arrosée. C’est la fête. Tout le monde trinque, bavarde, rit joyeusement. Bien que tout semble se dérouler sans heurt ni conflit dans le meilleur des mondes, une indéfinissable sensation de malaise étreint le spectateur, un parfum de mystère se distille dans l’atmosphère. Rien pourtant sur scène ne laisse transparaître la moindre anormalité. De petits détails finissent toutefois par frapper l’imagination, retenir l’attention. Un regard appuyé, un autre suspicieux, voire de travers. Une femme épie imperceptiblement les réactions de sa voisine, une autre hume de façon ostentatoire le parfum de son amie. La bienséance fait bientôt place à des attitudes plus bestiales, à dire même, inconvenantes. La retenue disparaît au profit d’une liberté totalement instinctive. Les hommes se laissent aller à des caresses un peu appuyées sur les corps féminins qui les attirent. Un mâle renifle sa compagne, à l’image d’une chienne en chaleur, un couple se sert du dos d’un homme à quatre pattes comme d’un siège. On peut même assister à une tentative de strangulation à la suite d’une crise de jalousie... Une insidieuse gêne s’insinue petit à petit, tout ce petit monde restant sur ses gardes, sursautant au moindre bruit inhabituel. Sans raison apparente, un jet de lait va descendre des cintres comme d’une fontaine et emplir une sorte d’abreuvoir, et tous vont, les uns à la suite des autres, venir goûter puis laper ce lait salvateur comme des chats aussi gourmands qu’assoiffés …

Le second tableau est également bien caractéristique du style de ces deux artistes. Une sorte de bas-relief sur lequel défilera l’humanité, depuis le péché originel jusqu’à la crucifixion du Christ, avec toujours cette volupté mêlée de crainte. Mais, bien évidemment, le calme et la normalité seront de retour à la fin de l’œuvre, les convives se retrouvant un verre à la main comme s’il ne s’était rien passé, laissant au spectateur l’impression d’avoir vécu un rêve.

S’il fallait définir ce qui caractérise l’œuvre de Nicole Mossoux et de Patrick Bonté, c’est d’abord cette atmosphère permanente de mystère à la Agatha Christie qui auréole les faits et gestes de leurs personnages et qui se distille dans le théâtre. Le trouble est partout, envahissant sournoisement la salle qui se demande en permanence ce qui va advenir. Rien n’est réellement défini mais seulement suggéré, peut-être pour laisser au spectateur le soin de compléter par ses propres émotions et son vécu la trame qui lui est offerte. Il en ressort une œuvre forte, devant être vécue par des interprètes de haut niveau et réellement engagés.

 

J.M. Gourreau

 

Les corps magnétiques / Nicole Mossoux et Patrick Bonté, Théâtre Paul Eluard, Bezons, Mars 2011.

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