Mossoux - Bonté / Noli me tangere / Arrachés de la matière

                        Photos J.M. Gourreau

 Mossoux – Bonté :

 

 

Arrachés de la matière

 

 

Jamais cadre n’aura si bien servi le propos de ces chorégraphes qui fêtent cette année leur 25 ans de présence sur scène. Je ne sais si Nicole Mossoux ou Parick Bonté connaissaient Félix Roulin, sculpteur de son état, à l’époque déjà aussi célèbre en France qu’en Belgique, lorsqu’ils ont créé Noli me tangere en 2006. Le cas contraire eut été étonnant car le propos de leur ballet reflète et se superpose totalement à la pensée du sculpteur lorsqu’il a réalisé les bas-reliefs du parvis du Centre Culturel de Wallonie, il y a maintenant 32 ans. Peut-être, depuis, ne les remarquez-vous plus, bien qu’ils soient le fleuron du centre de la communauté française de Belgique…

Né en 1931 à Dinant en Belgique, cet artiste fut, en 1961, lauréat du prix de la jeune sculpture belge et, la même année, de la Biennale de Paris où il reçoit le prix Rodin, ce qui le fait connaître dans le monde entier. Toute sa vie, ce sculpteur a été fasciné par la naissance des corps du néant, de leurs fragments qu’il assemblait et réarrangeait pour les faire sortir d’une fissure ou d’une ruine, comme s’ils voulait à nouveau les faire revivre. « C’est par le corps que nous entrons dans le monde, c’est par le corps que nous découvrons le monde. (…) Le corps est l’unique moyen pour nous d’être présents dans le monde, d’exister », écrivait le philosophe Jean Bariviera à propos des « sites » de Félix Roulin. C’est précisément un de ces sites qui orne le mur d’entrée du Centre. Ces sites ne sont pas anodins car, s’ils sont un témoignage du passé, ils nous font aussi découvrir qui nous sommes, « et combien un pied, un genou, un coude, un sein, une bouche peuvent être d’une plénitude  et d’une douceur extraordinaires ».

Si Nicole Mossoux et Patrick Bonté n’ont pas fait sortir leurs danseurs emprisonnés par la matière de murs éventrés, de voûtes effondrées et de colonnes fracassées, sous forme de corps-victimes ou de corps-débris, ils ne les ont pas moins arrachés de la pierre de ces mêmes édifices, animés du désir tantôt d’apparaître, tantôt de s’effacer dans un va-et-vient perpétuel lent et mesuré. Telles de fragiles chrysalides, ils naissaient peu à peu de la matière murale pour se montrer dans leurs différences, s’animer petit à petit de mouvements isolés et fugitifs, qui d’une tête, qui d’un membre, d’un buste ou d’un dos, lesquels prenaient forme posément, insensiblement, avec mesure pour devenir danse en s’écartant de l’édifice qui les avait vu venir au monde.

Un univers insolite entre rêve et réalité.

J.M. Gourreau

 

 

 

Bas relief de Félix Roulin,

Parvis du Centre Culturel de Wallonie

 

Noli me tangere (Ne me touche pas) / N. Mossoux – P. Bonté, Centre Culturel de Wallonie, Janvier 2011.

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