Rami Be'er / Mother’s Milk / Kibbutz Contemporary Dance Company / Les horreurs de la shoah

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Photos Eyal Hirsch

 

 

Rami Be'er :

Les horreurs de la shoah

 

Rami be erIl ne fait pas dans la dentelle. S’il avait pour but de nous faire partager les horreurs de la  Shoah (massacre ethnique  peut-être plus connu sous le nom d’Holocauste), sa réussite est totale. En effet, au travers de Mother’s Milk, le chorégraphe israélien Rami Be'er, également directeur artistique de la Kibbutz Contemporary Dance Company basée dans l’ouest de la Galilée, évoque l'extermination des Juifs de Palestine pendant la Seconde Guerre mondiale. Propos qui sied bien à cette troupe, puisque sa fondatrice, Yehudit Arnon, décédée en 2013, était une rescapée des camps de concentration. Entre 1939 et 1945, ce ne sont en effet pas moins de  cinq à six millions de Juifs, soit les deux tiers des Juifs d'Europe et approximativement 40 % des Juifs du monde que les nazis, ces membres d'un parti politique raciste allemand, se sont mis en devoir d’exterminer avec une violence sans égale. Le père de Rami, l’un des architectes éminents d’Israël auquel l’on doit le concept du kibboutz au milieu des années 50, exploitation construite autour de l’idée d’une vie communautaire et d'égalité au sein d'une société unie et homogène, avait été lui aussi pris dans la tourmente et avait pu en réchapper. Ce sont ces horreurs dont nous entretient son fils au travers d’une œuvre fort sombre, d’une puissance et d’une violence incommensurables mais malheureusement linéaire, confuse, répétitive, mécanique et sans nuances. Deux points positifs toutefois, de fabuleux danseurs, parfaitement rôdés aux difficultés dont la chorégraphie est truffée et, aussi, une mise en scène et une occupation de l’espace scénique remarquables. Mais l’œuvre manque énormément de sensualité,d'âme et de spontanéité, quelques pas de deux mis à part.

Si l’on se réfère au programme, le chorégraphe Rami Be'er est né au sein du Kibboutz Ga’aton créé par Yehudit Arnon et surnommé par la suite « le village international de la danse ». Ce lieu accueille une centaine de danseurs, tant israéliens qu'issus du reste de l'univers. Plus d’une cinquantaine de ballets, dont un grand nombre à l’attention du jeune public, y ont été élaborés par Rami Be'er qui en a conçu non seulement la chorégraphie mais aussi la scénographie, les décors et lumières. Une vision très large du monde, foisonnante d’images plus réalistes les unes que les autres, toujours très fortes, traduisant souvent la violence et le malaise qui étreignent les communautés de ce pays. Des danses guerrières traduites par une chorégraphie ample et large, heurtée, soutenue par des musiques rythmées et scandées, signées Elia Suleiman et Amon Tobin mais aussi Jean-Sébastien Bach. Ce, dans des lumières violentes et contrastées qui, malgré le choc qu’elles occasionnent à l’œil, conviennent parfaitement à l’esprit de cette œuvre.

J.M. Gourreau

Mother’s Milk / Rami Be'er / Kibbutz Contemporary Dance Company / Théâtre de Paris, du 13 au 17 juin 2018.

 

Rami Be'er / Kibbutz Contemporary Dance Company /Théâtre de Paris / Juin 2018

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