Mourad Merzouki / Agwa / Correria / Une débauche d'énergie

Mourad Merzouki :

 

 

 

 

 

 

 

Agwa  Photo Michel Cavalca

 Une débauche d’énergie

Le hip-hop a désormais acquis ses lettres de noblesse. Cet art de la rue qui, à l’origine, servait de faire valoir entre jeunes des bandes de cités, est dès lors considéré comme l’égal des autres arts chorégraphiques, sa technique, après avoir été codifiée, étant utilisée comme support d’arguments et de ballets narratifs. En pionnier, Mourad Merzouki l’utilisa au départ pour ce qu’elle était, enchaînant les performances les plus audacieuses pour en montrer toutes les facettes, créant des spectacles qui forçaient l’admiration, essentiellement en raison de leur énergie, de l’inventivité et de la difficulté technique des figures présentées, ainsi que de la qualité de leur exécution. Si d’autres chorégraphes s’en sont emparés pour raconter une histoire, ne s’en servant que comme d’une technique comme le peintre de son pinceau, Mourad au contraire a cherché à la faire évoluer, l’utilisant non comme argument mais comme prétexte, mettant en valeur une idée, comme celle de la course ou celle de l’eau, ce qui permet au spectateur de laisser vagabonder son imagination tout en se focalisant sur les figures présentées.

Ainsi en est-il pour sa dernière création, Correria, une œuvre débordante d’énergie au rythme de samba et de bossa nova, dans laquelle la virtuosité force l’admiration. En effet, la précision de certaines figures d’ensemble est réellement phénoménale, je pense notamment à celles qui relèvent quasiment du cirque, tant leur difficulté d’exécution est spectaculaire. Mais ces enchaînements ne sont pas gratuits et sous-tendent toujours une idée, en l’occurrence la course, l’esthétique des mouvements naturels des athlètes étant indéniable. Leur étude par le chorégraphe lui a permis de les décomposer, d’en retirer ce qui lui paraissait le plus artistique pour le mettre en valeur, non seulement en les recomposant sous une autre forme mais, surtout, dans un autre espace, celui de la scène. Ce cadre, il l’a utilisé à la manière d’un architecte, sculptant tant au sol que dans l’espace des enchaînements et figures géométriques d’une réelle beauté plastique, qui plus est les éclairant judicieusement de lumières souvent chaudes et enveloppantes. Il est intéressant également de remarquer que l’impression de diversité que le spectateur ressentait n’était pas seulement issue de la construction de l’œuvre mais aussi du support musical utilisé, le chorégraphe passant sans vergogne d’un genre musical à l’autre,  juxtaposant avec un étonnant bonheur des musiques aussi différentes que des airs d’opéra de Mozart (l’Egyptien), de Ouazat Al Kahira et des pièces orchestrales du Trio Baton. Et puis, l’œuvre est émaillée de petites notes d’humour et de trouvailles scénographiques fort divertissantes, telles ces jambes additionnelles baladeuses et autonomes démultipliant les personnages, renforçant l’impression de fraîcheur et d’allant que ce ballet possédait déjà.

La seconde partie du programme était une reprise de la  célèbre pièce de Mourad, Agwa, dont le thème est celui de l’eau et qui tourne aujourd’hui un peu partout dans le monde. C’est en effet grâce à Guy Darmet, directeur de la Biennale de Danse de Lyon  qui avait organisé la rencontre entre le chorégraphe et ces onze extraordinaires danseurs de Rio de Janeiro - ils ont d’ailleurs aujourd’hui intégré la compagnie Käfig - que cette pièce a pu voir le jour : un chef d’œuvre sur une musique envoûtante, d’une richesse inventive étonnante, mettant parfaitement en valeur la virtuosité de ses exécutants. 

 

Correria  Photo M.Cavalca

J.M. Gourreau

 

Correria et Agwa / Mourad Merzouki, Théâtre National de Chaillot, Mars 2010

Prochaines représentations :

29 mars            Draguignan - Théâtres en Dracénie (2 rep)
30 mars            Istres - Théâtre de l’Olivier (1 rep)
01 avril              Martigues - Théâtre des Salins (1 rep)
07 avril              Alençon - Scène Nationale 61 (1 rep)
09 avril              Mende - Théâtre (1 rep)
10 avril              Tarare – Théâtre (1 rep)
13-17 avril         Créteil - Maison des Arts (5 rep)
20 avril              Romans - Théâtre les Cordeliers (1 rep)
22-25 avril         Barcelone [Espagne] - Teatro Mercat de les Flors (4 rep)
27 avril              Albertville - Le Dôme (1 rep)
29-30 avril         Privas – Théâtre (4 rep)
04 mai              Arcachon - Théâtre Olympia (1 rep)
06 mai              Le Bouscat - Ermitage – Compostelle (1 rep)
07 mai              Oyonnax - Centre Culturel Aragon (1 rep)
08 mai              Annecy – Bonlieu Scène Nationale (1 rep)
10 mai              Mâcon – Le Théâtre Scène Nationale (1 rep)
11-12 mai         Thonon les Bains – Maison des Arts (2 rep)
15-16 mai         Montpellier – Festival Saperlipopette (1 rep)
18-19 mai         Meylan - L’Hexagone (2 rep)
21 mai              Pau – Zénith (1 rep)
23 mai              Bayonne - Scène Nationale (1 rep)
26 mai              St Médard en Jalles - Le Carré des Jalles (1 rep)
29 mai              La Défense – Festival Seine de Danse (1 rep)
31 mai              Wiesbaden [Allemagne] – Hessisches Staatstheater (1 rep)
 

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