Mourad Merzouki / Boxe boxe / Du grand art

Ph. M. Cavana 

Mourad Merzouki :

 

 

 

Du grand art

 

 

Enfermer le hip-hop sur un ring de boxe dans un écrin de musique classique était un défi : c’est celui pourtant celui que vient de relever Mourad Merzouki avec beaucoup de talent. Ce n’est pourtant pas la première fois que ce sport est le sujet d’un ballet, Régine Chopinot étant peut-être l’une des pionnières en la matière. Pourtant, à l’époque, si la proposition avait fait grand bruit, le résultat n’avait pas été à la hauteur des espérances. Mais le hip-hop n’était pas né ! A bien y réfléchir, il est vrai que ce style chorégraphique s’adapte au sujet comme un gant… Encore fallait-il un artiste capable de l’employer avec intelligence, finesse et humour, voire poésie, ce qui n’est pas l’apanage de tous dans cette discipline…

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la boxe peut, par certains côtés, être un jeu et, même, un art lorsqu’il s’agit d’esquiver l’adversaire ! C’est précisément ce côté qui séduisit Merzouki, lequel a également joué sur la mobilité qui caractérise les adeptes de ce sport. Ainsi a t’il conçu pour les musiciens du quatuor Debussy – des artistes de grand talent, il faut le souligner –  de splendides fauteuils en fer forgé montés sur roulettes, de temps à autre d’ailleurs investis par les danseurs ! Le côté ludique est constamment présent tout au long de l’œuvre. Non seulement dans la chorégraphie, d’une inventivité et d’une richesse étonnantes mais, aussi, dans la mise en scène. Ainsi la pièce débute t’elle par l’image quasi abstraite de gants de boxe rouges émergeant d’un mini-ring comme les marionnettes d’un théâtre pour enfants… Ce tableau m’a aussi fait penser à un univers infiniment plus petit, celui de fort jolis lichens nommés Cladonia, qui dardent leurs apothécies rouge sang en tous les sens vers la lumière...

De nombreuses figures caractéristiques d’un match se retrouvent bien évidemment dans la chorégraphie, tels ces emmêlements de membres des plus cocasses chez les danseurs, faisant référence aux corps à corps serrés des boxeurs... L’humour est d’ailleurs omniprésent dans le ballet, que ce soit lorsque les musiciens se retrouvent enfermés par on ne sait quel hasard dans le minuscule ring en lieu et place des boxeurs-danseurs, ou que l’arbitre, transformé pour la circonstance en punching-ball en forme de poire, devienne la tête de turc de tous les protagonistes de l’œuvre… Celle-ci enchaîne à bon escient toutes les figures les plus spectaculaires du hip-hop sans que ce ne paraisse à aucun moment un exercice de style ou une démonstration, et c’est en cela surtout que réside le talent de Merzouki : la chorégraphie, aussi sophistiquée qu’endiablée, n’est là que pour servir l’œuvre sans jamais en être le prétexte. En outre, au travers de cette création, le chorégraphe n’a t’il pas également amené à la musique classique un public qu n’y était pas précisément habitué ? Au bout du compte, du grand art !

 

J.M. Gourreau

 

Boxe Boxe / Mourad Merzouki, Théâtre National de Chaillot, Octobre-Novembre 2010.

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