Mourad Merzouki / Käfig Brasil / Un splendide feu d'artifice


Photos J.M. Gourreau

Mourad Merzouki :


Un splendide feu d’artifice

 

C’est sans doute le succès remporté par Agwa puis Correria - presque 250 représentations à ce jour - qui a donné à Mourad Merzouki l’envie de poursuivre la merveilleuse aventure artistique et humaine entamée en 2008 avec les 11 danseurs brésiliens cariocas, dénichés pour la circonstance dans les favélas de Rio. Si le directeur du CCN de Créteil ne pouvait en effet les abandonner, il lui était à l’époque toutefois difficile de monter pour eux une nouvelle oeuvre car il était en pleine création avec Yo Gee Ti, pièce franco-taïwanaise qui fut présentée pour la première fois à Taipei le 2 mars 2012, avant de l'être en France, le 22 juin suivant, dans le cadre du festival Montpellier-Danse. Ne pouvant de ce fait se trouver à la fois en France et en Asie, il eut alors l’idée de monter une œuvre collective, faisant appel, avec sa générosité habituelle, à quatre chorégraphes de ses amis et connaissances, Anthony Egéa, Céline Lefèvre, Denis Plassard et au chorégraphe brésilien Octavio Nassur, se contentant pour sa part d’un petit module et de la direction artistique de la pièce. C’était aussi l’occasion ou jamais de confronter les danseurs de la compagnie à des méthodes de travail et à des esthétiques très différentes de ce dont ils avaient l’habitude, afin de les pousser à élargir leur univers. Ainsi naquit, l’année dernière, Käfig Brasil, une pièce pleine d’humour, de verve et d’entrain, composée de cinq parties, chacune étant confiée à un chorégraphe différent, l’introduction étant livrée aux danseurs brésiliens eux-mêmes : je ne saurais dire s’il s’agit véritablement de danse brésilienne car elle s’avère, tant sur le plan musical que chorégraphique, un pot pourri bouillonnant de vie, de gaieté et de dérision, amalgamant guitare, techno, basses et sons gutturaux pour la partie musicale, hip-hop, break-dance, cirque, danse contemporaine et capoeira pour la partie chorégraphique. Un mélange de genres réellement détonnant ! Les autres pièces composant l’œuvre, chacune d’une quinzaine de minutes, parfaitement fondues les unes dans les autres, s’enchaînent harmonieusement, laissant éclater l’énergie, la puissance, la virtuosité, la maîtrise et la joie de danser de ces interprètes, désormais parfaitement rôdés à toutes les subtilités des danses d’aujourd’hui. A noter, parmi celles-ci, la poésie dont a fait preuve Céline Lefèvre dans sa chorégraphie et, surtout, l'art de Mourad Merzouki lui-même, dans un final alliant danse classique et hip-hop sur un arrangement d’une partition de Vivaldi par Emmanuel Santarromana, Opéra, véritable feu d’artifice d’une beauté à vous couper le souffle. Au bout du compte, un spectacle dont on sort pleinement heureux et totalement ravigoté des vicissitudes de sa journée !

J.M. Gourreau

Käfig Brasil / Denis Plassard, Céline Lefèvre, Octavio Nassur, Athony Egéa et Mourad Merzouki, Créteil, Maison des arts, du 19 au 23 novembre 2013, dans le cadre du Festival Kalypso.

Mourad Merzouki / Käfig Brasil / Créteil / Novembre 2013

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