Mourad Merzouki / Yo Gee Ti / Un heureux coup de foudre

14 yo gee ti michel cavalca 115 yo gee ti michel cavalca11 yo gee ti michel cavalca

Photos Michel Cavalca

 

 

Mourad Merzouki :

Un heureux coup de foudre

 

Le hip-hop n'est pas l'apanage des seuls occidentaux. Avec Yo Gee Ti, les Asiatiques nous apportent en effet la démonstration qu’ils sont aussi rompus que nous au hip-hop, tout comme les Brésiliens avec Agwa en 2008. C’est lors d’un voyage à Taïwan au cours duquel Mourad Merzouki présentait Récital qu’il a rencontré pour la première fois les danseurs du « National Chiang Kai-Chek Cultural Center ». Coup de foudre de part et d’autre. Si Mourad fut séduit par la richesse des traditions ancestrales des artistes de ce pays, les danseurs taïwanais, eux, le furent par la virtuosité et les prouesses techniques des danseurs afro-européens. Ainsi, de cette rencontre, naquit Yo Gee Ti, une création de Mourad pour cinq danseurs taïwanais et cinq danseurs de la compagnie "Käfig", œuvre que nous avons pu voir pour la première fois en 2012 et qui est redonnée cette année dans divers lieux du Val-de-Marne, dans le cadre de la 4ème édition du Festival Kalypso.

08 yo gee ti michel cavalca 112 yo gee ti michel cavalca04 yo gee ti michel cavalca

 

 

 

Aucun argument pour supporter ce ballet, rien que le faire-valoir des danseurs dans une sorte de confrontation de civilisations, voire de compétition qui, en fait, n’en est pas une, les capacités tant techniques qu’artistiques des interprètes des deux compagnies se révélant à tel point équivalentes qu’il est difficile, voire impossible, même à moyenne distance, de les différencier les uns des autres. La chorégraphie, toujours très originale, est mâtinée d’étonnantes acrobaties. Mais l'intérêt de cette pièce tient davantage dans sa scénographie: ainsi, au début du spectacle, cinq colonnes de laine brute tressée, concrétions stalactitiques ou lianes fossilisées conçues par le jeune styliste Johan Ku, servent d'écrin à un cordon d'êtres fantomatiques, méduses ou éponges, ployés au sol, évoluant à la surface d’une mer noire comme le jais: de ces formes inquiétantes sculptées dans la laine émergent finalement une vague de danseurs louvoyant au rythme d'une envoûtante musique pour cordes et percussions signée AS'N. Une contrainte qui astreint le chorégraphe à un nouveau rapport entre l’espace et le mouvement, à la croisée du hip-hop et de la danse contemporaine. Ce ne sera, d’un bout à l’autre, qu’une suite de tableaux plus attachants les uns que les autres, bien que manquant toutefois un peu d’émotion. C'est sans doute le dernier tableau de cette œuvre qui s'avère le plus fascinant, les colonnes de laine tressée ayant été dénouées pour former une sorte de tricot de fils issus des cintres ou de forêt de bouleaux dépouillés de leurs feuilles en hiver, avec et derrière lequel évoluent les danseurs. Comme toujours chez Merzouki, ses pièces ne sont pas uniquement un faire-valoir du hip-hop ou de la break dance mais une réelle œuvre d’art total dans laquelle la scénographie tient une place prépondérante. Yo Gee Ti en apporte une nouvelle fois la preuve.

J.M. Gourreau

01 yo gee ti michel cavalcaYo Gee Ti / Mourad Merzouki, Créteil, Maison des arts, 22 et 23 novembre 2016, dans le cadre de la 4ème édition du Festival Kalypso.

 

Mourad Merzouki / Yo Gee Ti / Créteil / Novembre 2016

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau