Mourad Merzouki / Pixel / Un mariage heureux: celui de la danse et de la musique

Pixel merzouki ph b fantonPixel merzouki 02 ph gilles aguilar

.

.

.

.

.

                                Ph. B. Fanton                                                                                                                            Ph G. Aguilar                                                           

Mourad Merzouki:

Un mariage heureux: celui de la danse et de la vidéo

interactive

 

Avec Pixel, Mourad Merzouki a gravi les derniers échelons de sa hiérarchie, atteignant la cour des plus grands, grâce à son talent bien sûr mais aussi à deux atouts de poids: le musicien Armand Amar et les deux concepteurs de la création graphique et numérique, Adrien Mondot et Claire Bardainne.

Ce fabuleux spectacle, qui confère au hip-hop ses lettres de noblesse, est né de la prise de conscience par Mourad Merzouki que l'image, par l'intermédiaire de la vidéo et du numérique, prend aujourd'hui une importance de plus en plus grande dans notre société. Sa rencontre avec les plasticiens Adrien Mondot et Claire Bardainne fut à ce titre déterminante : ces deux artistes, grâce aux projections vidéo interactives de leurs créations graphiques, sont en effet parvenus à conférer une nouvelle dimension à la scène, faisant ainsi évoluer les danseurs dans un univers en 3D, aux frontières du réel et du virtuel.

Pixel fait un peu penser au Don Quichotte de Montalvo qui translatait ses personnages dans un paysage mouvant. Dans Pixel en revanche, pas de paysage à partir d’images filmées mais des séquences informatisées recréant un paysage abstrait : constitué par un treillis de points et de traits, les danseurs évoluent en son sein, le déformant et le reconstituant au gré de leurs mouvements. Imaginez des images virtuelles qui se forment avec lesquelles vous pouvez jouer, que vous avez la possibilité de faire apparaître ou disparaître au gré d’une simple pichenette, au sein des quelles vous pouvez vous réfugier, vous blottir, vous lover… L’effet est réellement aussi magique que saisissant. Les danseurs de la compagnie Käfig semblent s'être lancés à cœur joie dans ce dispositif en y imprimant leurs performances. Tout n'est cependant pas si simple que cela, comme l'on peut s'en rendre compte lorsque l'on connait les coulisses de l'exploit: la plupart des séquences vidéo qui semblent si bien coller à la chorégraphie sont préenregistrées et diffusées tout au long du spectacle, les danseurs devant les dompter avant de s'y intégrer. Il n'empêche que l'on ne pourra que s'émerveiller devant la maîtrise tant des vidéastes que des danseurs, tout étant réglé au millimètre près, rien n'étant le fruit du hasard.

Je ne terminerai pas sans souligner que la musique aussi planante qu'enveloppante, voire envoûtante d'Armand Amar n'est pas pour rien dans la poésie qui émane de ce spectacle. Ce compositeur d'origine marocaine découvre la danse en 1976 avec Peter Goss. Le rapport direct de son art avec la musique l'enthousiasme. Dès lors, les dés sont jetés. Il travaillera avec nombre de chorégraphes parmi lesquels Carolyn Carlson, Francesca Lattuada, Marie-Claude Piétragalla et Russel Maliphant (réalisant notamment la musique de Still current que l'on pourra voir les 19 et 20 mai prochains au Théâtre des Champs Elysées à Paris). C'est la première fois qu'il collabore avec Mourad Merzouki. L'osmose s'est révélée totale, servant aussi bien la chorégraphie que la scénographie, donnant naissance à un réel chef d'œuvre. Il est vraiment dommage que les chorégraphes ne fassent pas davantage appel à cet exceptionnel compositeur, aujourd'hui plus connu du public pour ses séraphiques musiques de film. Les producteurs et les réalisateurs, eux, l'ont fort bien compris !

J.M. Gourreau

Pixel / Mourad Merzouki, Créteil, Maison des arts, du 15 au 22 novembre 2014.

Prochaines représentations:

- 27 au 30 novembre 2014 : Théâtre d'Elbeuf (Festival Automne en Normandie)

- 2 décembre 2014 : Le Granit, scène nationale de Belfort

- 6 décembre 2014: Le Carré, Sainte Maxime

- 9 et 10 décembre 2014 : L'Hexagone, scène nationale Arts et Sciences de Meylan

- 13 décembre 2014 : Théâtre de l'Olivier, Istres

- 16 décembre 2014 : Théâtre en Dracénie, Draguignan

 

- 6 janvier 2015 : L'Hippodrome, Douai

- 8 au 10 janvier 2015 : Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines

- 17 Janvier 2015 : Palais des festivals, Cannes (Festival de danse de Cannes)

- 20 au 30 janvier 2015 : Maison de la danse, Lyon

- 3 au 5 février 2015 : Le Corum, Montpellier (Montpellier danse)

- 7 au 10 février 2015 : Théâtre Jean Vilar, Suresnes (Suresnes Cités danse)

- 13 et 14 février 2015 : Théâtre Jean Arp, Clamart

- 3 et 4 mars 2015 : Théâtre de l'Archipel, Perpignan

- 17 et 18 mars 2015 : Bonlieu, Scène Nationale d'Annecy

Mourad Merzouki / Pixel / Créteil Novembre 2014

Commentaires (1)

1. Raoul Lemercier (site web) 12/12/2014

Bonjour

Une petite précision concernant le lien entre la vidéo et la danse : il n'y a qu'une séquence pré programmée (la séquence finale - promenade sur le tapis de bosses et de creux), tout le reste est interactif, et calculé en temps réel, l'interaction étant pilotée par une caméra infrarouge pour la séquence d'ouverture (les bougies), ou par les artistes en régie, via des tablettes numériques leur permettant d'accompagner les danseurs dans leurs évolutions.

Le choix d'une interaction sans capteur électronique - le capteur est humain et en régie permet une finesse et une sensibilité d'interprétation, tout en allégeant le dispositif technique.

La difficulté dans la séquence finale était d'ailleurs plus un problème de repérage dans l'espace que de synchro, les danseurs n'ayant pas du tout le même point de vue que nous, et n'ayant pas du tout la perception du relief du plateau vu de la salle.

Vous pouvez bien évidemment supprimer ce commentaire, si vous ajustez votre article en conséquence, et me contacter pour plus de détails à ce sujet.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau