Myriam Gourfink / Déperdition / Un univers arachnéen

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                     Ph. J.M. Gourreau                                                        Ph. Ninja                                                             Ph. J.M. Gourreau

Myriam Gourfink :

Un univers arachnéen

 

En me laissant aller à la contemplation de cette Déperdition, je me suis demandé si Myriam Gourfink n'était pas, tout comme je l'étais et le suis resté, une fervente admiratrice de la nature. Car cette pièce me rappelle certains instants inoubliables de ma jeunesse durant lesquels, à l'instar du célèbre entomologiste Jean-Henri Fabre, je passais des heures à observer, couché dans l'herbe, le monde merveilleux qui m'entourait. Et, parmi la myriade de bestioles qui grouillait autour de moi sans nullement s'inquiéter de ma présence, se trouvaient des araignées de toutes sortes, dont l'une venait de voir éclore sa progéniture. Je  me souviens avoir été fasciné par cette masse grouillante d'êtres minuscules dont la taille ne devait pas excéder les 2 millimètres, les pattes enchevêtrées les unes dans les autres, se chevauchant, se hissant les uns sur le dos des autres ou, au contraire, s'enfouissant au sein du giron familial, pour en ressortit subrepticement l'instant d'après, afin de partir en exploration du vaste monde qui allait bientôt être le leur.

C'est ce monde que j'ai pu retrouver, mais à l'échelle humaine, dans l'univers de Myriam Gourfink, une masse enchevêtrée de corps formant une boule en perpétuelle mutation, dérivant lentement sur la scène en dessinant un vaste cercle autour des musiciens, Kasper T. Toeplitz à l'ordinateur, et Bruno Chevillon à la contrebasse. Une masse d'êtres humains tous vêtus à l'identique, s'animant peu à peu, entamant un mouvement continu d'une extrême lenteur. Une masse formée de corps qui s'effleurent, se déplaçant insensiblement côté cour en passant devant les musiciens pour les contourner par la droite. Une masse galvanisée par les harmonies de la contrebasse déformées par leur passage au travers de l'ordinateur de Kasper Toeplitz : méconnaissables, elles évoquaient à l'origine un ronronnement de moteur puis, quelques instants plus tard, une sorte de grondement continu sur-impressionné par des flashes volcaniques sonores, provoqués par de violents coups d'archet sur les cordes. Il en résultait une bande-son enveloppant ce grouillement humain engagé dans une sorte de mouvement perpétuel, lequel devenait progressivement hypnotisant. Une situation qui, si elle pouvait à l'origine s'avérer confortable, finissait vite par lasser du fait de sa trop longue durée. A l'instar des pointes sonores, certains accents gestuels surgissaient de temps à autre de l'enchevêtrement des corps comme des piques ou des épines mais qui s'avéraient insuffisants pour rompre la lente monotonie qui s'installait petit à petit. Dommage car, amputée d'un bon quart d'heure, l'œuvre aurait pu conserver la fascination qu'elle avait engendré à ses débuts.

J.M. Gourreau

Déperdition / Myriam Gourfink, Théâtre de Vanves, 10 février 2014, dans le cadre d'Ardanthé et des Rendez-vous danse d'Arcadi.

 

Myriam Gourfink / Déperdition / Vanves / Février 2014

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