Nacera Belaza / Le temps scellé / Mouvement perpétuel

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Le cri - Ph. L. Philippe

Nacera Belaza :

 

Mouvement perpétuel


 

Abolir le temps, prolonger les choses jusqu’à l’infini…tels sont les buts que Nacera Belaza, cherche à atteindre. « Une pièce est réussie quand on ne nous voit plus », dit-elle. En plongeant le spectateur dans une sorte d’hypnose, sa dernière pièce, Le temps scellé, tend à y parvenir. Il faut remonter à l’année 2008, date de la création du Cri pour trouver les prémices de ce travail. Cette œuvre en effet, qui avait reçu le prix de la critique de l’année, n’était composée quasiment que de mouvements pour le torse et les bras, et ce, durant trois quarts d’heure.  Le mouvement acquérait alors une puissance émotionnelle qu’il n’aurait jamais pu obtenir dans d’autres circonstances. Dans Le temps scellé, les deux interprètes, Nacera Belaza et sa sœur Dalila se fondent dans l’espace, se laissent emporter par un souffle issu de leur corps qui leur échappe et qu’elles ne contrôlent pas.

Composée de trois séquences, deux soli consécutifs suivis d’un duo, l’œuvre, très austère et totalement abstraite, est une descente aux tréfonds de son être, un long cheminement au delà de soi, là où le temps n’a plus cours, là où toutes les forces de la nature se créent et se rejoignent. Une rotation de plus en plus rapide, un ondoiement continu du corps tout entier qui fascine par son flux et son reflux, comme une vague qui se reforme sans cesse. Une sorte de lutte pour disparaître, pour abolir tout ce qui n’est pas instinctif, afin de rejoindre l’espace infini qui est à la fois le prolongement de la vie et son origine. Un dialogue s’établit alors entre le corps dansant aux confins de la transe, le volume et l’énergie de l’espace, un espace dans lequel le corps cherche à s’introduire, à l’image d’un explorateur dans une forêt vierge, allant « à la rencontre de sa propre disparition »…

S’il veut cheminer aux côtés des artistes, le spectateur doit d’abord faire totalement le vide en lui puis se laisser aller jusqu’à se fondre dans les mouvements serpentesques répétés, obsessionnels, de ces bras qui s’entrelacent, de ces corps qui, au bout du compte, s’enroulent et se déroulent, se nouent et se dénouent, s’emboîtent et se disjoignent dans un même élan émotionnel, portés par des gospels envoûtants d’une extrême chaleur qui, malgré d’évidentes correspondances, évoluent seulement en parallèle à la danse. Et ce n’est que lorsque les danseuses lâcheront progressivement prise, se fondant dans les ténèbres, que le spectateur reviendra petit à petit à la réalité.

J.M. Gourreau

 

Le temps scellé / Nacera Belaza, Théâtre de la Cité Internationale, du 2 au 7 avril 2012.

Nacera Belaza / Le temps scellé / Théâtre de la Cité Internationale / Avril 2012

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