Nando Messias et Biño Sauitzvy / OH ! / Eloge de l'homosexualité

Sauitzvy b messis n oh 13 le generateur gentilly 20 01 15Sauitzvy b messis n oh 05 le generateur gentilly 20 01 15Sauitzvy b messis n oh 23 le generateur gentilly 20 01 15 

Photos J.M. Gourreau

.

Biño Sauitzvy & Nando Messias :

Eloge de l’homosexualité

 

O et H, les deux initiales du patronyme des fondateurs du butô, Kazuo Ohno et Tatsumi Hijikata. Ce n’est pourtant pas à un spectacle de butô auquel nous sommes conviés, bien que les deux protagonistes de l’œuvre, Nando Messias et Biño Sauitzvy*, s’en soient inspirés, mais plutôt un spectacle alliant danse contemporaine, butô, théâtre et mime. Un spectacle qui a pour point de départ, il est vrai, une photo représentant Ohno et Hijikata enlacés, Ohno s’étant travesti en femme, comme lorsqu’il incarnait La Argentina dans son solo dédié désormais célèbre. De là l’idée d’élaborer un spectacle sur l’homosexualité et l’appréhension de ce phénomène dans la société, il n’y avait qu’un pas, allègrement franchi par le « Collectif des yeux ». L’homosexualité évoque aussi l’androgynie mais également le machisme et la frivolité, comportements souvent condamnés par l’opinion publique selon les époques et les cultures et qui a conduit dans certains pays soumis à la charia, en Afrique et au Moyen-Orient notamment, à la flagellation, la lapidation et, même, à la décapitation, comme les protagonistes de l'œuvre nous l'ont rappelé dans les textes qui la sous-tendent. L’intérêt de cette pièce réside cependant davantage dans sa mise en scène que dans son propos proprement dit, que tout un chacun garde bien à l’abri dans un petit coin de sa mémoire. En effet, le contraste entre les deux performers est étonnant, du fait entre autre du physique extrêmement longiligne et fin de Nando Messias, personnage totalement efféminé qui semble rayonner de douceur et de bonté, tout comme pouvait l’être Kazuo Ohno. Ce grand artiste cependant, qui a toujours mis en scène sa féminité, n’a jamais cherché à exhiber sa sexualité, comme le fait Nando Messias aujourd’hui. Il est d'ailleurs étonnant de le voir arborer avec autant de démesure que d’impassibilité les atouts et ornements de la féminité, talons démesurés, clins d’œil langoureux et coquins, jupes délibérément soulevées révélant l’absence de petite culotte… Mais il faut dire que, dans les années cinquante, les mœurs ne permettaient pas une telle exhibition et que c'eut été un sacrilège d'offrir aux regards du public son sexe sous un prétexte artistique quelconque, comme on peut le voir aujourd'hui, pas toujours à bon escient d'ailleurs. Mais ceci est une autre histoire...

Cette pièce met donc en scène la solitude, les tracas, les contraintes ainsi que les souffrances sourdes et contenues que subit cette classe sociale du fait de son rejet par une société puritaine qui ne comprend pas ce désir de devenir une seule chair, et qui entraine l'obligation pour elle de vivre repliée sur elle-même. Ce, bien sûr, de manière caricaturale, parfois même extrémiste mais sans amertume ni méchanceté aucune, simplement pour nous faire saisir le fait que nous avons tous le droit à la différence, que nous avons tous le droit de vivre comme nous l'entendons, à la condition toutefois de ne pas faire de tort ni de nuire à notre prochain. Et même si certaines scènes de ce spectacle paraissent à d'aucuns un peu osées, la leçon a au moins le mérite de faire son effet...

J.M. Gourreau

OH ! / Nando Messias et Biño Sauitzvy, Le Générateur, Gentilly, 20.01.15 dans le cadre du Festival Faits d’hiver.

 

*artistes brésiliens dont on a pu voir entre autres la performance Pansemento du 3 au 5 avril dernier au Centre Culturel Bertin Poirée à Paris, L’être détricoté à la Biennale de danse de Lyon en 2013 et Sissy au Théâtre de la Girandole à Montreuil en décembre 2013, pièce dont on retrouve d’ailleurs l’atmosphère et certains fragments dans OH !

Nando Messias et Biño Sauitzvy / OH ! / Gentilly / Janvier 2015

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau