Nasser Martin-Gousset / Une Belle revisitée

La Belle / N. Martin-Gousset - Photo A. Vasseur

Nasser Martin-Gousset :

 

 

 

 

 

Une Belle revisitée

 

 

Ce que l’on attend d’un chorégraphe qui revisite une œuvre du passé, c’est avant tout qu’il la réactualise, bien sûr, mais surtout qu’il nous en propose une nouvelle lecture en en faisant découvrir les facettes cachées. Tous les enfants connaissent La Belle au bois dormant, ce conte merveilleux de Charles Perrault qui met en avant la force et la puissance de l’amour : de nombreux chorégraphes s’en sont déjà inspirés, entre autres Marius Petipa, Rudolf Noureev, Roland Petit et Mats Ek, pour ne citer que les plus célèbres. Nasser, lui, replace sa Belle dans les années quatre-vingt, dans le monde très éclectique de la Pop Music et du rock. Ce chorégraphe un tantinet romantique aime en effet bâtir ses œuvres sur des scénarios amoureux et cruels portés par ce type de musique dans laquelle son adolescence a baigné : La Belle s’inscrit donc tout naturellement dans cette lignée. Et si l’histoire est parfaitement respectée, la Princesse n’en aura pas moins acquis le comportement, les défauts et qualités d’une jeune fille moderne, et le Prince, ceux des garçons frondeurs et batailleurs de la fin du siècle dernier. Ainsi pourra t’on assister aux caprices hystériques plus vrais que nature d’une jeune fille en pleine crise de l’adolescence et à la lutte vigoureuse pleine de vindicte - mais dépourvue de toute noblesse - que livrera le Prince à Carabosse. La nature a doté le jeune homme d’une force dont il est parfaitement conscient : il écrasera son adversaire féminine sans se poser de questions, sans aucun regard de compassion. Les méchants doivent être impitoyablement éliminés, telle est leur seule et unique destinée…

Les apports du chorégraphe à cette relecture ne s’arrêtent cependant pas là : il faut savoir en effet que Nasser s’est initié à de nombreuses techniques théâtrales en même temps qu’il prenait contact avec la danse. Et il en use avec beaucoup de bonheur, entre autres des effets spéciaux, des ombres chinoises et de la vidéo qui donnent corps à la scénographie, lui permettant d'introduire des gags, de démultiplier ses personnages, de les caricaturer et, aussi, d’élaborer des décors fort réalistes, en particulier une forêt de buissons épineux du plus bel effet. A noter également l'influence des émissions télévisées mettant en scène des personnages de fiction robotisés, lesquels, à l'instar des loups-garous d'autrefois, avaient pour but de faire peur aux âmes sensibles...

Autre initiative inhabituelle dans un spectacle de danse, ses interprètes - tous excellents, il faut le souligner - ont chacun une partie chantée arrangée sur une chanson des années 80, un peu à la manière d’une comédie musicale, ce qui donne une note légère et accentue le côté imagé et « enfantin » de l’œuvre. La Belle n’est-elle pas à l’origine un conte destiné avant tout aux enfants ? 

 

J.M. Gourreau

 

La Belle / Nasser Martin-Gousset, Théâtre National de Chaillot, Novembre 2009.

 

Prochaine représentation : 26 janvier 2010, Elancourt.

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