Nathalie Pernette / La figure de l'érosion / Statues en mouvement

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Nathalie Pernette :

Statues en mouvement

 

P1450993Jamais cadre de spectacle n’aura mieux porté son nom : si l’on s’accorde en effet à assimiler des statues à des monuments, alors, oui, La figure de l’érosion, 3ème volet du triptyque* Une pierre presque immobile que vient de créer Nathalie Pernette au Panthéon est bien un monument en mouvement… Tant ses quatre danseurs se fondent dans la statuaire, tant ils font corps avec elle, lui redonnant vie après en avoir retrouvé l’âme et l’esprit, malgré son inéluctable destin, celui de la désagrégation ! L’épopée que ces sculptures animées nous narrent est un voyage dans le passé au cours duquel les siècles se télescopent. Témoins fidèles du passage du temps, si elles évoquent l’histoire ou des fragments de l’histoire de ces hommes qui ont défilé sous le sourire de ces statues, voire sous leurs larmes de pierre, c’est aussi leurs meurtrissures qu’elles offrent à nos yeux, des images d’amour et de mort infligées par le temps, fissures, oxydations et abrasions progressivement recouvertes par la poussière, les mousses, les lichens, la rouille… ainsi que des éclats de matière, fragments de chair qui se détachent, s’arrachent sous l’action du soleil ou de la pluie. Mais au dessous de celles-ci, on peut encore y lire des morsures beaucoup plus profondes, blessures et dégradations occasionnées par l’irrévérence, le mépris et la violence de l’humanité.  

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Photos J.M. Gourreau

Au cours de ce voyage imbibé d’effluves politiques commémoratives en parfait accord avec le lieu, on croisera bien sûr André Malraux, Simone Veil ou Jeanne d’Arc mais aussi Pétain, Hitler ou le révolutionnaire marxiste-léniniste Che Guevara, haranguant les foules, poing dardé vers le ciel… Mais pas seulement. La chorégraphe, en effet, n’a pas oublié de mettre en avant ce côté doloriste propre à la statuaire religieuse empreinte de peine, de chagrin  et de tristesse que l’on peut trouver dans les descentes de croix, les "Mater dolorosa" ou les scènes de champs de bataille et de charniers après le passage de "la Faucheuse", chère à Victor Hugo et aux romantiques… Le tout dans une chorégraphie « de l’effacement », subtile et riche d’évocations, faite de mouvements au ralenti, parfois imperceptibles mais lourdement chargés de sens, tendant à s’éroder, se désagréger et fondre pour, peu à peu, disparaître, inéluctablement. "Tu es poussière et tu retourneras poussière", a dit le Seigneur dans la Bible. L’œuvre, d’une construction remarquable, est accompagnée par la sublime musique "de circonstance" de Franck Gervais, « conçue comme une vaste fresque en partie disparue ou abîmée, composée d’une succession et superposition de nappes sonores aux résonnances physiques (sensation de vertige, de rêve) et historiques (bribes de discours voilés, mémoires sonores de diverses époques) ». Elle est en outre auréolée de fort belles lumières dues à Caroline Nguyen, lesquelles mettent parfaitement en valeur, par leur contraste mesuré, autant les quatre interprètes de la pièce que les sublimes allégories de marbre devant lesquelles ils dansent et évoluent. Mais une question se pose : « Le Panthéon est un lieu très intimidant », nous avoue la chorégraphe. Et celle-ci de préciser : « C’est à la fois une église, un lieu de culte,  un musée… Mais surtout, c’est le lieu de la mémoire de notre République. Et puis, on y sent une certaine présence, la pierre vit malgré son apparente immobilité ». Parviendra t’elle alors à faire à nouveau revivre une épopée aussi poignante dans des lieux moins pesamment chargés d’histoire ?

J.M. Gourreau

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La figure de l’érosion / Nathalie Pernette, Le Panthéon, Paris, 11 & 12 mai 2019. Avec le Centre des monuments nationaux et le Théâtre de Châtillon, dans le cadre de la manifestation "Monuments en mouvement".

« Sorties de chantier » du spectacle le 16.11.18 au Musée de l'Arles Antique et le 06.12.18 à l’atelier 231 de Sotteville lès Rouen.

Prochaines représentations : 18 & 19 mai 2019, Garges-les-Gonesses ; 22 juin 2019, CNAREP Villeurbanne ; 28 juin 2019, Besançon ; 16 juillet 2019, Musée Robert Tatin à Laval ; 18 juillet 2019, Caen ; 25 & 28 juillet 2019, festival de Châlon dans la rue.

*Le premier volet de ce triptyque inspiré par la statuaire, La figure du gisant, a été créé en juin 2015 à l’abbaye de Cluny (voir ma critique dans ces mêmes colonnes au 20 octobre 2015), et le second, La figure du baiser, l’étreinte amoureuse, en mai 2017 au Palais Royal à Paris.

 

Nathalie Pernette / La figure de l'érosion / Le Panthéon / Mai 2019

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