Nathalie Pubellier / Six / Etrange et fascinant

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Nathalie Pubellier :

Etrange et fascinant

 

C’est à un bien étrange voyage que nous convie Nathalie Pubellier, périple tout en finesse, plein de charme, de sensualité et de poésie mais aussi d’exotisme, au travers de six soli dansés dans les salles et dédales de l’Espace Culturel Bertin Poirée. Un hommage à la femme empreint d’une délicatesse infinie qui dépeint cet être tour à tour fragile et précieux mais aussi espiègle et rebelle, avec une grande perspicacité. Six personnages tous différents mais éminemment complémentaires - qui ne sont pas tous féminins d’ailleurs - chacun inconsciemment chargé d’une trace, d’une empreinte, d’une vibration qu’il va s’efforcer de libérer au cours du spectacle pour la transmettre à son public. « La danse intègre ici des notions de transe, d’abandon et révèle des corps gourmands chargés de multitudes de saveurs qui palpitent, respirent et livrent une danse libre et jubilatoire », nous dit la chorégraphe dans le programme. En effet, ce spectacle voit la concrétisation d’un travail entamé autour de la mémoire sensorielle il y a de nombreuses années déjà et qui embarque le spectateur dans l’inconscient mémorisé du danseur que celui-ci lui livre.

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L’œuvre débute par le solo de Bill (Benoît Gauthier), un homme très sensuel, qui émerge de la masse des spectateurs pour inviter son public à le suivre irrésistiblement dans un espace haut en couleurs, foyer ardent au sein duquel d’aucuns pourraient entrevoir l’enfer. Mais le public est très vite transporté dans un monde beaucoup plus serein, celui de Papillon, alias Keiko Sato, monde dans lequel la douceur, la fragilité et la légèreté s’opposent à cette force incoercible qu’est la raison, à laquelle il est parfois difficile de résister. Un univers poignant vécu par une fascinante artiste qui travaille depuis longue date avec la chorégraphe. Le voyage se poursuit alors dans une autre salle où se tiennent deux femmes, Rosa (Wanjiru Kamuyu) et Maddie (Sibille Planques). La première, vêtue de la longue robe rouge du désir, très aguichante de par l’expression conférée à ses mains, n’aura de cesse de séduire non seulement la gent masculine mais aussi les femmes présentes dans l’assistance. Quant à Maddie, c’est surtout à sa morphologie, en particulier à la finesse et au galbe admirable de ses jambes remarquablement mis en valeur par la chorégraphie, et à son flamenco dément qu’elle devra la fascination exercée sur les spectateurs subjugués.

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Photos J.M. Gourreau

 

Ce périple se termine à la japonaise dans un patio, jardin-intérieur de l’espace culturel franco-japonais magistralement mis en lumière par Jean Gaudin, que l’on connait surtout en tant que chorégraphe et danseur. Au sein de cet espace au charme raffiné, évoluaient, anonymes car masqués, Balthazar, alias Izidor Leitinger, et Artémis, Nathalie Pubellier elle-même, déesse de la lune et de la nature sauvage mais aussi protectrice des accouchements, dans une pose hiératique du plus bel effet. N’étaient mis en valeur chez ces deux personnages que le babil de leurs mains, ce qui s’avère on ne peut plus judicieux quand on sait qu’Izidor n’est pas danseur mais musicien, compositeur de jazz et chef d’orchestre, lequel exerce bien évidemment son art en faisant parler ses mains… Des univers différents peut-être mais qui reflètent bien certaines de ces empreintes acquises souvent inconsciemment par le corps.

J.M. Gourreau

Six / Nathalie Pubellier, Espace Culturel Bertin Poirée, Paris, du 5 au 7 mars 2018, dans le cadre du festival Dance Box.

 

Nathalie Pubellier / Six / Espace culturel Bertin Poirée / Mars 2018

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