Nicolas Paul / Résonances / Opéra de Paris

  

Nicolas Paul :

 

Tristesse et nostalgie

Genus /Wayne McGregor                                                                                                                                                              Amovéo / Benjamin Millepied                                                                                                                                                                                                                                                                                                   Amovéo

Photos Agathe Poupeney        

                                                                                                                                                                                                                                        

                                C’est une œuvre un peu austère, voire triste mais néanmoins intéressante que le jeune chorégraphe Nicolas Paul vient de créer sur la scène de l’Opéra de Paris sur une musique de Ligeti et dans les décors de l’architecte Paul Andreu : la gamme de gris qui l’auréole et l’imprègne n’incite malheureusement pas à la joie, contrairement aux œuvres un peu alambiquées mais pleines d’énergie, de vie et d’exubérance de Benjamin Millepied et de Wayne McGregor qui l’encadrent. Répliques est construit autour du thème du double, du reflet, du passage, en relation sans doute avec le vécu du danseur, chaque jour confronté à son image dans le miroir du studio de travail : exploration du corps et de ses facultés, évocation du doute de la justesse et de la véracité de ses attitudes, prise de conscience de ses défauts… En ce sens, l’atmosphère du ballet évoque bien la tristesse et la lourdeur du quotidien, le travail souvent répétitif de l’artiste pour parvenir à se sublimer. En ce sens également, la musique de Ligeti, que la chorégraphie géométrique et cassée suit pas à pas, convient particulièrement bien à l’œuvre. Mais, curieusement, il ne faut pas chercher de rapport entre le décor de Paul Andreu, celui que l’on a surnommé « l’architecte des aérogares », et la chorégraphie. Il n’y a en fait qu’une résonance entre eux. «La musique, la danse, le décor, trois libertés qui se rencontrent, se voient et s’entendent, s’accordent et se respectent », dit Paul Andreu à ce propos. Sauf que le chorégraphe ne s’est tout de même jamais écarté de la partition musicale ! En fait, ce qu’évoque le décor constitué par trois rideaux de tulle peints qui se superposent, c’est le flou, l’intemporel, l’immatériel et, en même temps, l’opacité ou, au contraire, la transparence qui évoluent au fil du temps : les danseurs s’incrustent en leur sein, leurs silhouettes s’y estompent et disparaissent. Pièce rapportée également que cette grande structure ovale en forme de galet dans un coin du plateau, fort belle de par ses lignes épurées mais que les danseurs ignorent superbement…

S’il est encore peu connu des ballétomanes, Nicolas Paul n’en est pourtant pas à son coup d’essai : ce danseur « maison », entré à l’Ecole de Danse de l’Opéra en 1990, se retrouvera six ans plus tard dans le corps de ballet ; son parcours de chorégraphe commence en 2001 avec On peut toujours interpréter le vol des oiseaux sur des sonates et partitas de Bach. Il signera par la suite plus d’une dizaine d’autres pièces dont certaines seront interprétées à l’Opéra : Il Penseroso ed il Moderato sur une musique de Haendel, Deux prisonniers, deux tortionnaires sur la Ballade d’Eugène Ysaÿe, et la partie contemporaine de Bach Suite 3 de Francine Lancelot, entre autres. Répliques qu’il présente aujourd’hui est sa première pièce importante pour la « Grande Maison ».

 

J.M. Gourreau

 

Résonances / Nicolas Paul, Opéra Garnier, Paris, Novembre 2009.

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