Nicole Mossoux - Patrick Bonté / Les Arrière-Mondes / Morts-vivants

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Nicole Mossoux - Patrick Bonté :

Morts-vivants

 

Nicole mossouxBonte 1Il faut sans doute remonter à Twin houses (1994) pour trouver une pièce aussi étrange, aussi insolite, aussi délicieusement surréaliste de Nicole Mossoux et Patrick Bonté. Les Arrière-Mondes est en effet une œuvre énigmatique et déroutante, à mi-chemin entre le théâtre et la danse, génératrice d’images cauchemardesques qui donnent à réfléchir, sur la vie et la mort bien sûr, mais aussi sur tous ces êtres en proie aux turpitudes et tourments de l’existence.

Ils sont six, tout droits surgis d’un autre monde, de la nuit des temps, des enfers peut-être... Ils semblent tous avoir suivi le même chemin ou, plutôt, des couloirs parallèles, émergeant tous au même instant des ténèbres, hagards, comme s’ils avaient échappé comme par miracle à un cataclysme effroyable, à l’image de rescapés d’une apocalypse. Qui sont-ils, d’où viennent-ils ? Sont-ils là pour nous torturer ? On ne le saura jamais. Des êtres intemporels, fantomatiques ou extravagants, surgis de nulle part qui, pourtant, semblent se connaître sans que l’on puisse en avoir la certitude. Tout droit sortis de l’univers d’un Brueghel ou d’un Bosch (La chute des damnés ; La nef des fous) que les chorégraphes auraient revisité, voire de celui de Charon, le passeur des enfers de la mythologie grecque, chargé de mener dans sa barque les âmes des défunts sur le Styx jusqu’au royaume d’Hadès.

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Photos J.M. Gourreau

 

 

D’entrée de jeu, le ton est donné. L’apparition des protagonistes de l’œuvre fait froid dans le dos. La peur, la détresse tant morale que physique, l’effroi, se lisent sur leurs visages. Leurs traits tirés laissent entrevoir que les sévices qu’ils semblent avoir enduré, les uns tout autant que les autres, aussi titanesques qu’insoutenables, sont bien réels... Leurs traits sont estompés. La maigreur de leurs corps desséchés fait peine à voir. Leurs vêtements élimés et troués laissent à penser qu’ils viennent peut-être même d’une époque révolue. Des revenants ? Une lueur d’espoir semble toutefois réchauffer l’atmosphère lorsque des souvenirs semblent leur revenir en mémoire, lorsqu’ils tentent de renouer un dialogue. Leurs corps, tordus, déformés, désaxés, finissent par se tâter, s’étreindre, fusionner dans des postures abracadabrantesques. Petit à petit, on parvient à percer un peu de leur mystère et de leur étrangeté, à découvrir puis partager leur détresse, leur misérabilisme, leurs maux et leurs infirmités, tant et si bien qu’ils en arrivent à devenir attachants. Leur besoin de douceur, de chaleur, de réconfort est incommensurable, et celui d’un retour à la vie, pressant. Et ils finissent par nous apitoyer.

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Les Arrière-Mondes

 

 

Comme à l’habitude chez Nicole Mossoux et Patrick Bonté, les images qu’ils nous assènent sont souvent très fortes, déconcertantes, lourdement chargées de sens. Oniriques certes, mais aussi fort ambigües. Mais elles trouvent toujours leur origine dans les arts ou les lettres. Cependant, chacun est libre de se forger sa propre histoire, de laisser vagabonder son imagination comme il l’entend. Dans sa chorégraphie, Nicole Mossoux prend bien soin d’accentuer le sens et la profondeur du geste par le ralenti, en en exacerbant de ce fait la tension pour en sublimer la portée. Ce, d’autant plus que les tableaux très théâtraux qui naissent peu à peu sont auréolés d’une musique résolument contemporaine qui laisse planer le mystère, en l’occurrence ici, celle tantôt envoûtante, tantôt cataclysmale de Thomas Turine. Les costumes de Jackye Fauconnier, les masques, coiffes et maquillages de Rebecca Florès-Martinez, saisissants, et les lumières blafardes de Patrick Bonté contribuent en outre fortement à renforcer l’atmosphère surréaliste et le caractère étrange, un tantinet macabre de l’œuvre, sans nul doute destinée à alimenter nos cauchemars. Décidément, Magritte n’est pas bien loin !  

J.M. Gourreau

Les Arrière-Mondes / Nicole Mossoux et Patrick Bonté, Chatillon-sous-Bagneux, 15 février 2022, dans le cadre du festival « La Belge saison ».

Spectacle créé le 23.06.21 aux Tanneurs à Bruxelles puis le 12.08.21 au festival international des Brigittines.

 
 

 

Nicole Mossoux - Patrick Bonté / Les Arrière-Mondes / Châtillon-sous-Bagneux / Février 2022

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