Nicole Mossoux - Patrick Bonté / The Great He-Goat / Cauchemars surréalistes

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Photos J.M. Gourreau

Nicole Mossoux – Patrick Bonté :

Cauchemars surréalistes

 

N mossouxP bonteLa vie est un éternel recommencement. Ne serions-nous pas en train de plonger petit à petit - et sans même nous en apercevoir - dans  le monde cauchemardesque des Pinturas negras, (Peintures noires), fresques peintes par Francisco de Goya de 1819 à 1823 sur les murs de sa maison espagnole des rives du Manzanares, la "Quinta del sordo", et aujourd’hui conservées au musée du Prado à Madrid ? C’est à l’occasion de l’un de leurs spectacles dans cette ville que Nicole Mossoux et Patrick Bonté prirent conscience du fait que les obsessions de ce visionnaire pourraient bien devenir une nouvelle réalité… et qu’ils décidèrent de nous en présenter le reflet et de nous en faire partager la portée. Un monde quasi surréaliste d’une horreur indescriptible et d’une cruauté sans nom, reflet d’une Espagne alors en guerre, un monde de miséreux, d’estropiés et d’affamés, de mendiants et de voleurs, évoquant la Cour des Miracles de Victor Hugo, et qui n’est pas sans rappeler l’univers des Dernières hallucinations de Cranach l’Ancien (1990) ou de Twin houses (1994), spectacle qui mettait en scène cinq mannequins, « confondus dans un corps à corps où l’on ne sait plus, de l’acteur ou du mannequin, qui manipule qui, et qui détient le pouvoir sur l’autre »… Ici encore, l’imagination débridée, tant de la chorégraphe (Nicole Mossoux) que du metteur en scène (Patrick Bonté) est étonnante à plus d’un titre, auréolant la pièce d’un parfum de mystère et d’horreur qui peut même mettre mal à l’aise et qui nous contraint à réfléchir sur notre destinée.

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Photos J.M. Gourreau

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The Great He-Goat n’est en fait que la traduction - dans la langue de Shakespeare - du titre d’une autre toile, en français Le Grand Bouc, plus connue sous le nom de Sabbat des sorcières que Goya avait peinte en 1798 et qui montre, au centre de la composition, un rituel de sorcellerie dirigé par un Grand bouc, l'une des formes prises par le diable. Dans la création qui nous est présentée ici, les marionnettes dédoublent et transfigurent une dizaine de danseurs, mi-hommes, mi-bêtes, pour mettre en scène, avec un réalisme saisissant, les infirmités, le sadisme et les exactions de ce petit peuple livré à lui-même, tels que Goya les peignit au travers de ses toiles. Une fantasmagorie où le grotesque est de mise, ce sous le regard innocent d’une enfant d’une pureté angélique, peut-être celui de la fille que le peintre aurait eue avec Leocadia Weiss et avec laquelle il passa une partie de sa vie, notamment lorsqu’il acquit la "Quinta del sordo" en 1819.

L’œuvre se terminera bien évidemment d’une façon saisissante sur une pléiade de cadavres soigneusement alignés entre lesquels la petite fille errera, désorientée, sans bien comprendre les injustices de ce monde et les raisons qui ont amené les hommes à s’entre-tuer et à l’abandonner dans sa solitude. Il en résulte une oeuvre fascinante, magistralement exécutée, qui reflète parfaitement l'univers tourmenté du peintre espagnol.

J.M. Gourreau

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                   Photo Mikha Wajnrych                                     Photo J.M. Gourreau                                   Photo J.M. Gourreau

The Great He-Goat / Nicole Mossoux – Patrick Bonté, Théâtre de Châtillon-sous Bagneux, 26 mars 2019, dans le cadre du Festival MAR.T.O et de la Biennale de danse du Val-de-Marne. Créé le 15.03.19 aux Ecuries à Charleroi.

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           Goya / Le grand bouc                                                                   Goya / El tres de mayo                                                Goya / Saturne dévorant un de ses fils

 

 

Nicole Mossoux - Patrick Bonté / The Great He-Goat / Châtillon / Mars 2019

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